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Le dessin, aujourd'hui, peut-il faire vnement Dessin & Prose

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  • Querencia Project Hernan L. Toro Cabinet des Dessins

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  • Querencia Project Hernan L. Toro Cabinet des Dessins

    H e r n a n L . T o r o

    CABINET DES DESSINS Idessins & prose

    Site avec les dessins de ce livre :http://tacteon.wix.com/cddessins#!

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  • Querencia Project Hernan L. Toro Cabinet des Dessins

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  • Querencia Project Hernan L. Toro Cabinet des Dessins

    Voil, le manuscrit est termin. Ce sera tout. Maintenant silence. Une chaise, une table. Je ferme le dossier, il restera l. Une chaise, une table, le dossier restera l, sur la table. La lumire change ici, selon l'heure, le jour. Rythmes. Des tons se profilant en diagonale depuis la fentre. J'ignore combien de pages j'ai crites. Un jour je publierai ce livre. Pour l'instant, le plus urgent m'attend, en sortir... Ce cri restera l. Qu'ai-je appris ? Ssschut !

    Une table, une chaise, un lit. Cette chambre. Dans. Fentre rideaux papier. Quatre heures du matin, c'est mon heure. Donc, voici: j'ai fini ce livre vers quatre heures du matin, laissant le dossier gauche de la table. Aussitt aprs avoir termin, je me suis remis crire...

    Les lettres se trouvaient en dessous. Quand j'ai vu, tout l'heure, qu'elles taient encore l, le silence s'est form de lui-mme, partant du centre vers la priphrie, o centre est le rien d'une phrase tacite.

    En effet, ce n'tait plus leur place. C'est un geste qui en dit beaucoup mais qui cesse de signifier ce qu'il raconte ds que nous l'avons fait. Fuera!

    Ces heures taient ainsi rompues, comme elles taient venues. Je me mis couter de la musique. Je fermai les yeux. C'tait toujours l'opus 18 N 4 de Beethoven. Quatuor.

    Silence.

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  • Querencia Project Hernan L. Toro Cabinet des Dessins

    FALS' AMORs1

    1 Bien greu trob'om joi desliureC'a tantas partz volv e tombaFals' Amors... Arnaut Daniel

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    "La vrit est personnelle. Prenez garde :

    tous ne sont pas dignes de la confidence" R. Char

    c'tait par ce biais inqualifiable, en me souvenant de cette femme (et cette rcente nouvelle: que le jour, o, pour la dernire fois nous passerions devant le juge, elle serait enceinte), c'tait par ce biais, dis-je, et avant que je sache, quoi au juste, du temps pass venait de s'effondrer, qu'il m'tait donn de songer ces tableaux, et au-del de ce cas prcis, la peinture, ce que j'en savais, non pas tant d'un office, mais de ces instants de vie, chose ici ou l du corps, l'alle dserte d'un muse o j'entends encore mes pas et la lecture d'un livre. Cette nouvelle je ne l'avais pas entendue avec mes oreilles, non, ni avec ce que je sais des gens je pouvais , par exemple, penser trs loin, comme on calcule les coups aux checs, aux attitudes incertaines des femmes et admettre que ce n'est pas en y rflchissant que nous comprenons quelque chose, mais en plaant les passions humaines du ct de l'opra-comique pour conclure que ce qui est navrant, ce n'est pas l'inconsistance des situations, nous tions dj avertis, mais le srieux avec lequel on peut si mal les interprter, et si en effet, elle pouvait m'arriver comme a, cette femme, un peu perdue, et presque luttant pour son bonheur, prte jouer tous les rles, et si je pouvais, mme, trouver mouvant celui de nouvelle amante qu'elle se donnait, rien ne pouvait annuler ce que j'avais entendu parce que je ne l'avais pas entendu avec mes oreilles, mais avec mon nom.

    Ce fut cette nuit-l que j'crivis ce pome.

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    Chanson pour un prnom dont il n'y eut pas de naissance :

    Vois-tu, je ne te prononce pas.Maintenant qu'il n'y a personne.Maintenant que tout le monde est parti,je voudrais te parler, au moins, un instant.Si je te disais ce que je viens d'apprendre, tu en serais triste. Mais tu nentendras pas. Voil ce qui est arriv : tu ne seras pas.Laisse-moi donc te parler,je serai, au moins cette nuit, toi qui n'es pas.

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    Le plus trange rsidait l, que par ce biais dtourn j'entende ainsi, puis qu'aid par ce pome, j'en vienne dire tout ce dont j'tais capable au sujet de la peinture... Non pas l'ide que l'on se fait, ni l'expression, mais prcisment une douleur, l mme o j'avais dsir voir jaillir mes travaux l'arc palpitant du trait quand la lumire se rfracte et monte.

    J'arrive ce prsent d'une parole qui fait figure de terre de personne : ce qui n'est plus ne sait encore mourir, et ce qui doit natre n'a encore pas de lieu. Mais comment peut-il cesser d'tre ce qui n'a pas eu le temps d'exister ? Ne resterai-je pas traqu comme une bte, ne produisant que des sons inaudibles ? Ne me resterait-il pas parler, contre toute attente ? Ne devrai-je pas faire uvre de raison ?

    Certains croient que la raison s'obtient avec le bannissement de nos affects. Tous ou presque tiennent l'amour pour une passion. Mais si vous leur dites que dans ce cas, on fait de l'amour, le chemin le plus court pour arriver la haine, ils diront que vous exagrez. L'amour ne serait que la drive la plus noble des nos passions, mais il faudrait ajouter la temprance pour en faire une vertu. Pire, nous devrions lui injecter l'esprit qui lui manque. Ceci me parat aussi absurde que les vises spculatives qui ont toujours accompagn l'art quand il s'agit de venir bout de son essence et trancher la tte du peintre avec une dfinition, voil que subitement une cohorte de prtentions spirituelles s'empare de nous : linvisible nous dit-on

    Non. Quand j'aime, j'entends, au fond de moi, comme

    fil d'eau qui cours parfois sous les mots et qui relie les phrases autrement qu'elles ne nous sont donnes, jusqu' faire jaillir celles que nous ne pouvons pas penser, tant lui, ce cours d'eau, plus acte que nous, nous qui sommes pourtant pourvu d'action. C'est une raison que s'adresse le savoir, et va et spare, et devance ce que nous appelons penser ; un vnement se dploie sous nos yeux, o nous croyons souvent aller notre perte, mais que nous pouvons des temps autre lire, parfois seulement entendre, sinon suivre au loin, comme le dbit d'un instrument au jazz, After all: Johnny Hodges...

    Imaginez que je sois sous le coup d'une apprhension droutante car sans forme fixe, sigeant o bon lui semble: un arbre en feu, une maison qui brle, que j'entende des cris et que quand la nuit tombe je rve d'un labyrinthe, les bruits des voitures sur le bitume reprsenteraient ma voix traque, je chercherai une phrase qui pourrait la librer, une seule phrase... Cet autre rve aussi : je me vois prendre la parole, un couloir dbouche sur une salle, des gradins en hmicycle, gauche en rentrant l'estrade, au-dessus, une belle pice en bois, longue de trois mtres environ,

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    sorte de bureau o sigent les hommes qui vont m'entendre. C'est un effet massif d'impuissance: mes arguments, c'est ce que je comprends, n'auront aucune chance, ces Messieurs tiennent lieu de ce tiers qui aurait pu me sauver, ils jugeront selon un critre qui m'chappe foncirement et l'assentiment que ma plaidoirie pourrait engendrer n'y sera pour rien. Dans un miroir je regarde mon visage et c'est l'horreur... Exit. Y a-t-il quelqu'un? N'y a-t-il personne ?

    Si je pouvais dsormais seulement parler et de cette pointe peine esquisse...

    supposer que j'aie t incapable de prononcer le moindre mot au sujet, non pas ce que je vivais, mais de ce que je dsirais vivre et que, devanc par la terreur, je me sois cach ( ma propre face, ce visage) se pourrait-il que je me sois inflig une peine, faute de justice ?

    Comment se fait-il que jaie pu acqurir tant de choses ?

    Le Louvre, cole du Nord, perplexe, la douleur sous ma voix, comme traqu, ne comprenant pas pourquoi j'en tais vivre ainsi, exclu de moi-mme. Je ne me disais pas oh mon ami ten es loin du compte. C'tait le rsultat positif de mes efforts, ce qui me dconcertait. Je perdais la voix. C'tait limpide mais intraduisible. Les formes rcoltes se trouvaient de l'autre ct, chaque pas que je donnais pour m'en approcher, m'loignait davantage. Je regardais la luminosit

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