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    DEBORAH HARKNESS

    Le manuscritdes sorciresRoman traduit de langlais (tats-Unis)

    par Pascal Loubet

  • PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-28/1/2011 14H25--L:/TRAVAUX/TEXTES/CALMANN/MANUSCRI/TEXTE.682-PAGE6 (P01 ,NOIR)

    Titre original anglais :A DISCOVERY OF WITCHES

    (Premire publication : Viking Penguin, New York, 2011) Deborah Harkness, 2011

    Pour la traduction franaise : Calmann-Lvy, 2011

    Maquette de couverture : Constance ClavelIllustration de couverture :

    ISBN 978-2---

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    Le livre reli de cuir navait rien de remarquable. Pour un histo-rien ordinaire, il tait, comme des centaines dautres manus-crits de la Bibliothque bodlienne dOxford, us et ancien. Mais

    je sus quil avait quelque chose dtrange ds linstant o je leus entreles mains.

    En cet aprs-midi de la fin de septembre, la salle de lecture DukeHumfrey tait dserte et les demandes de consultation taient rapide-ment traites, maintenant que la cohue des stages dt tait termineet que la folie de la rentre navait pas encore commenc. Malgr tout,je fus surprise quand Sean mappela au comptoir.

    Docteur Bishop, vos manuscrits sont prts, chuchota-t-il avecun rien de malice.

    Il pousseta soigneusement les tranes bruntres des antiquesreliures de cuir sur le devant de son pull jacquard. Une mche blonderetomba sur son front.

    Merci, rpondis-je avec un sourire reconnaissant. (Je dpassaiseffrontment le nombre de livres quun universitaire peut consulterchaque jour. Lorsque nous tions tudiants, javais pris bien des verresavec Sean dans le pub aux moulures roses de notre rue ; cela faisaitplus dune semaine quil exauait toutes mes demandes sans bron-cher.) Et arrte de mappeler docteur Bishop. Jai limpression que tutadresses quelquun dautre.

    Il me rendit mon sourire en faisant glisser les manuscrits sur levieux bureau en chne. Enferms individuellement dans des botes encarton gris, ils contenaient tous de remarquables exemples dillustra-tions alchimiques de la collection bodlienne.

    Oh, il en reste encore un. (Sean disparut un instant et revintavec un pais in-quarto reli dun simple morceau de vlin un peutach. Il le posa sur le dessus de la pile et se pencha pour lexaminer.Les fines montures dores de ses lunettes brillrent la faible clart dela vieille lampe de lecture en bronze.) Cela faisait longtemps quon

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    nous avait demand celui-l. Je vais noter quil faudra lui prparer uncarton quand tu le rendras.

    Tu veux que je te le rappelle ? Non, cest dj enregistr l, fit-il en se frappant la tempe. Tu dois avoir une tte mieux organise que la mienne.Avec un sourire timide, il tira sur la fiche de consultation, qui

    restait coince entre la couverture et les premires pages. Elle ne veut pas se laisser faire, observa-t-il.Des voix touffes slevrent dans mes oreilles, troublant le silence

    habituel de la salle. Tu as entendu ? demandai-je en me retournant, intrigue. Quoi donc ?Des traces de dorure qui brillaient sur le tranchant des pages du

    manuscrit attirrent mon regard. Mais elles ne pouvaient tre lasource de la faible lueur irise qui semblait svaporer dentre lespages. Je clignai des yeux.

    Rien.Je tirai prcipitamment le manuscrit moi, saisie dun frisson

    son contact. Sean navait pas lch la fiche, qui sortit sans difficultdentre les pages. Je calai la pile de livres sous mon menton, prise lagorge par une odeur cre qui tranchait avec le parfum familier de cireet de crayons taills qui baignait les lieux.

    Diana ? a va ? sinquita-t-il. Trs bien. Juste un peu fatigue, rpondis-je en loignant les

    livres de mon nez.Je traversai rapidement la section XVe sicle et ses tables lisab-

    thaines uses et garnies dtagres. Les fentres gothiques attiraient leregard vers les plafonds caissons, o figuraient les armes de luniver-sit, trois couronnes et un livre ouvert, soulignes de sa devise : Dieuest mon illumination.

    Une universitaire amricaine, Gillian Chamberlain, tait la seuleautre personne prsente dans la salle en ce vendredi soir. Enseignantles lettres classiques Bryn Mawr, elle passait son temps scruter desfragments de papyrus protgs entre deux plaques de verre. Je passairapidement en essayant de ne pas croiser son regard, mais le grince-ment du vieux parquet me trahit.

    Un picotement me parcourut, comme chaque fois quune autresorcire posait les yeux sur moi.

    Diana ? fit-elle dans la pnombre.Jtouffai un soupir et mimmobilisai. Bonjour, Gillian.Serrant sans raison jalousement mes manuscrits contre moi, je

    gardai mes distances en me tournant pour quelle ne puisse les voir. Que faites-vous pour Mabon ?Gillian venait constamment me demander de passer du temps avec

    mes surs quand jtais l. Les ftes wiccanes de lquinoxe

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    dautomne approchant, elle redoublait defforts pour que je me joigneau coven dOxford.

    Je travaille, me htai-je de rpondre. Il y a des sorciers et des sorcires trs sympathiques l-bas, vous

    savez, observa-t-elle dun ton pinc. Vous devriez vraiment vousjoindre nous lundi.

    Merci, je vais rflchir, conclus-je en reprenant mon cheminvers Selden End, la vaste galerie ajoute au XVIIe qui coupait la salle.Mais ne comptez pas trop l-dessus, je suis sur le texte duneconfrence.

    Ma tante Sarah mavait toujours mise en garde : une sorcire nepeut mentir une autre. Mais cela ne mempchait pas dessayer.

    Gillian eut un murmure compatissant, mais me suivit du regard.Arrive ma place habituelle devant les vitraux, je rprimai lenvie de

    laisser tomber mon fardeau sur la table et de messuyer les mains. Mais,soucieuse du grand ge de ces livres, je les dposai prcautionneusement.

    Le manuscrit qui avait sembl retenir sa fiche de consultation taitsur le dessus de la pile. Le dos tait orn des armes dElias Ashmole,un alchimiste et bibliophile du XVIIe sicle dont les livres et documentsavaient t verss au fonds de la Bodlienne par le muse Ashmolenau XIXe, avec celui-ci, le numro 782. Je tendis la main et effleurai lecuir bruni.

    Une petite dcharge me la fit retirer prestement, mais pas assez ; letressaillement remonta dans mon bras, me donnant la chair de poulejusquaux paules et la nuque. Elle disparut rapidement, mais elleme laissa une sensation de vide et de dsir inassouvi. branle parcette raction, je reculai.

    Mme cette distance, ce manuscrit me lanait un dfi, menaantla muraille que javais leve entre ma carrire duniversitaire et monstatut de dernire des sorcires Bishop. Ici, entre mon doctorat et machaire remports de haute lutte, les promotions qui mattendaient etune carrire bourgeonnante, javais renonc mon hritage familial etbti une vie qui reposait sur la raison et les capacits professionnelles,pas sur des sortilges et des intuitions inexplicables. Jtais Oxfordpour achever des recherches. Une fois termines et publies, mesdcouvertes, soutenues par une analyse pousse et prsentes mescollgues humains, ne laisseraient aucune place aux mystres et toutce qui ne peut tre peru que par le sixime sens des sorcires.

    Mais accidentellement javais demand consulter un manus-crit alchimique ncessaire mon travail qui semblait dou dunpouvoir occulte que je ne pouvais ignorer. Cela me dmangeait delouvrir et den savoir plus. Pourtant, une force suprieure me rete-nait : ma curiosit tait-elle seulement intellectuelle ou bien tait-ellemue par les liens de ma famille avec la sorcellerie ?

    Je pris une profonde inspiration et fermai les yeux en esprantmclaircir les ides. Nayant aucun lien avec les Bishop, la Biblio-thque bodlienne avait toujours t pour moi un refuge. Je croisai les

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    bras et fixai dans le crpuscule naissant la rfrence 782 en me deman-dant quoi faire.

    ma place, ma mre laurait su instinctivement. La plupart desmembres de la famille Bishop taient des sorcires de talent, mais mamre, Rebecca, tait particulire. Tout le monde le disait. Ses pouvoirssurnaturels staient manifests prcocement, et ds lcole lmen-taire, elle surpassait les sorcires les plus aguerries du coven local,avec sa comprhension intuitive des sortilges, son stupfiant don deprophtie et sa perception des gens comme des choses. Sa cadette, matante Sarah, tait aussi une sorcire doue, mais ses talents taientplus ordinaires : une main habile pour prparer les potions et unematrise parfaite du rpertoire traditionnel des charmes et sortilges.

    Mes collgues historiens ne savaient videmment rien de mafamille, mais tout le monde connaissait les Bishop Madison, la villede ltat de New York o javais vcu avec ma tante jusqu mes septans. Mes anctres taient venus du Massachusetts aprs la guerredIndpendance, plus dun sicle aprs lexcution de Bridget Bishop Salem. Malgr tout, rumeurs et ragots les avaient suivis jusque-l. Unefois installs Madison, les Bishop staient donn beaucoup de malpour prouver combien des sorciers taient utiles pour prvoir le tempsou gurir les malades. Finalement, la famille stait enracine assezprofondment dans la communaut pour surmonter les invitablespriodes de superstition et de crainte humaines.

    Mais ma mre prouvait pour le monde une curiosit qui lui fitquitter la scurit de Madison. Elle alla dabord Harvard, o elle fitla connaissance dun jeune sorcier, Stephen Proctor. Lui aussi prove-nait dune longue ligne magique et nourrissait le dsir de se librer delhistoire et de linfluence de sa famille de Nouvelle-Angleterre.Rebecca Bishop et Stephen Proctor formaient un couple charmant ola franchise trs amricaine de ma mre donnait le contrepoint larigueur plus compasse de mon pre. Ils devinrent anthropologues,simmergrent dans des cultures et croyances trangres, alliant leurs intrts intellectuels communs une passion rciproque. Une foistitulariss dans la rgion ma mre dans son ancienne universit,mon pre Wellesley , ils fondrent un foyer Cambridge.

    Jai peu de souvenirs de mon enfance, mais tous sont tonnam-ment nets et prcis et mes parents y figurent : le velours ctel desempicements de coude de mon pre, le muguet du parfum de mamre, le tintement de leurs verres le vendredi soir, lorsquils dnaientensemble aux chandelles aprs mavoir couche. Ma mre me racon-tait des histoires pour mendormir et lattach-case de mon preclaquait quand il le dposait dans lentre. De tels souvenirs sont fami-liers pour tout un chacun.

    Mais certains autres ne le seraient pas : ma mre ne semblaitjamais faire la lessive, mais mes vtements taient toujours propres etbien plis. Lautorisation que javais oublie pour une excursionscolaire au zoo apparaissait dans mon casier quand la matresse venait

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    la ramasser. Et lorsque jallais embrasser mon pre avant de dormir,son bureau avait lair dun champ de bataille, alors quil tait toujoursparfaitement rang le lendemain matin. lcole maternelle, jedemandai un jour la mre de ma camarade Amanda pourquoi elle sefatiguait laver la vaisselle, puisquil suffisait de lempiler dans lvieret de claquer des doigts en murmurant quelques mots. Mrs. Schmidtclata de rire devant cette trange conception du mnage, mais unlger doute avait envahi son regard.

    Ce soir-l, mes parents mapprirent quil fallait parler magie avecprudence et pas avec nimporte qui. Les humains taient plus nombreuxque nous et redoutaient nos pouvoirs, mexpliqua ma mre, et la peurtait la force la plus puissante au monde. Ce soir-l, je mabstinsdavouer que la magie surtout celle de ma mre meffrayait moiaussi.

    Dans la journe, ma mre tait semblable toutes celles deCambridge : un peu dbraille, un rien dsorganise, et constammentaccable par les exigences de sa vie personnelle et professionnelle. Sescheveux blonds taient lgamment dcoiffs, mais ses tenues taientirrmdiablement bloques lanne 1977, dans le style Annie Hall :longues jupes amples, pantalons et chemisiers trop grands, gilets etvestes dhomme quelle achetait dans les friperies de Boston. Ellepassait inaperue dans la rue comme dans la queue au supermarch.

    Mais chez nous, une fois les rideaux tirs et la porte close, ma mredevenait une autre. Ses gestes taient assurs et prcis, et non plusprcipits et dsordonns. Parfois, elle semblait mme flotter. Quandelle parcourait la maison en chantonnant et ramassait peluches etlivres, son visage prenait lentement une beaut dun autre monde.Quand ma mre tait habite par la magie, on ne pouvait dtacherdelle son regard.

    Maman a un feu dartifice en elle, expliquait mon pre avec songrand sourire indulgent.

    Mais jappris la longue que les feux dartifice ntaient pas seule-ment vifs et clatants. Ils taient imprvisibles et pouvaient voussurprendre et vous effrayer.

    Un soir, mon pre tait une confrence lorsque ma mre dcidade nettoyer largenterie et se trouva hypnotise par un bol deau quelleavait pos sur la table de la salle manger. Elle en fixait la surfaceluisante qui se recouvrit dun brouillard donnant naissance deminuscules formes fantomatiques. Je poussai un cri ravi en les voyantgrandir et remplir la pice dtres fantasmagoriques qui grimpaientaux rideaux et se collaient au plafond. Je voulus attirer lattention dema mre, mais elle resta concentre sur leau jusqu ce quune cra-ture mi-humaine, mi-animale sapproche et me pince le bras. Cela latira de sa transe et elle explosa dans un dluge dtincelles rouges quirepoussa les spectres et laissa dans la maison une odeur de plumesbrles. Mon pre la sentit ds son retour et sen alarma. Il noustrouva blotties ensemble dans le lit. En le voyant, ma mre clata en

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    sanglots dsols. Plus jamais je ne me sentis totalement labri dans lasalle manger.

    Et le peu de scurit que jprouvais encore senvola mes sept ans,quand mon pre et ma mre partirent pour lAfrique, dont ils ne revin-rent jamais vivants.

    Je me concentrai nouveau sur le dilemme qui soffrait moi. Lemanuscrit tait pos sur la table de la bibliothque dans la clart dunelampe. Sa magie touchait en moi un nud obscur. Je reposai les doigtssur le cuir lisse et cette fois, le frmissement me parut familier. Je merappelai vaguement lavoir dj prouv en feuilletant des documentsdans le bureau de mon pre.

    Me dtournant rsolument du livre, je moccupai une tche plusrationnelle : la recherche de la liste de textes alchimiques que javaisdresse avant de quitter New Haven. Elle tait sur mon bureau,enfouie avec le plan de la bibliothque et dautres papiers, fiches deconsultation, reus, crayons et stylos. Je lavais organise par collec-tion, puis selon le numro assign chaque texte par un employ dsson acquisition par la Bodlienne. Depuis mon arrive quelquessemaines plus tt, je lavais suivie mthodiquement. La photocopie dela fiche du catalogue de lAshmole 782 disait : Anthropologie, traitcontenant une brve description de lHomme en deux parties : lapremire anatomique, la seconde psychologique. Comme pour laplupart des uvres que jtudiais, rien dans le titre ne laissait devinerle contenu.

    Du bout des doigts, jaurais pu en savoir plus sans mme louvrir.Ma tante Sarah faisait ainsi pour savoir ce que lui rservait son cour-rier, au cas o lenveloppe aurait contenu une facture quelle navaitpas envie de payer. Ainsi, elle pouvait plaider lignorance quand ilsavrait quelle devait de largent la compagnie dlectricit.

    Les chiffres dors sur le dos me firent un clin dil.Je massis et rflchis.Ignorer la magie, ouvrir le manuscrit et essayer de le lire comme un

    tre humain ?Mettre le livre ensorcel de ct et men aller ?Sarah aurait glouss de plaisir devant mon dilemme. Elle avait

    toujours soutenu que mes efforts pour garder mes distances avec lamagie taient vains. Mais jagissais ainsi depuis les obsques de mesparents. Les sorcires prsentes avaient cherch discerner si le sangdes Bishop et des Proctor coulait bien dans mes veines, tout enmentourant de leur sympathie et en dclarant que je ne tarderais pas prendre la place de ma mre dans le coven local. Certaines avaientmurmur que mes parents avaient t imprudents en se mariant.

    Trop de pouvoir, disaient-elles, pensant que je ncoutais pas. Ilsne pouvaient quattirer lattention, quand bien mme ils nauraient pastudi les rites religieux antiques.

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    Cela avait suffi pour que je mette la mort de mes parents sur lecompte de leurs pouvoirs surnaturels et que je cherche mener unautre genre de vie. Tournant le dos tout ce qui touchait la magie,je me plongeai dans ce qui fait ladolescence humaine chevaux,garons et romans damour en essayant de me fondre parmi les habi-tants ordinaires de la ville. la pubert, je connus des problmesdangoisse et de dpression. Ctait tout fait normal, affirma matante laimable mdecin humain.

    Sarah ne lui avait pas parl des voix, ni de mon habitude de dcro-cher le tlphone bien avant quil sonne, pas plus que de la ncessitdenchanter portes et fentres durant la pleine lune pour mempcherderrer dans les bois durant mon sommeil. Ni que les chaises de lamaison, quand jtais en colre, sentassaient en une prcaire pyramideavant de scrouler quand je redevenais de meilleure humeur.

    mes treize ans, ma tante dcida que le moment tait venu pourmoi dexploiter mes pouvoirs et dapprendre les fondamentaux de lamagie. Allumer des bougies en murmurant quelques mots ou dissi-muler les boutons dacn grce une potion ancestrale ; tout celantait que les premiers pas habituels dune jeune sorcire. Mais jtaisincapable de matriser le sort le plus simple, je faisais brler toutes lespotions et refusais de me soumettre ses examens visant vrifier quejavais hrit de ltonnant don de prophtie de ma mre.

    Les voix, les feux et autres vnements inattendus diminurentquand mes hormones se calmrent, mais ma rticence apprendre lemtier familial demeura. Ma tante redoutait ds lors de laisser uneapprentie sorcire seule la maison et cest avec un certain soulage-ment quelle menvoya luniversit dans le Maine. Si lon excepte lamagie, jeus une adolescence ordinaire.

    Ce fut mon intellect qui me permit de quitter Madison. Javaistoujours t prcoce et javais appris parler et lire avant les enfantsde mon ge. Aide dune mmoire photographique prodigieuse quime permettait de me rappeler sans peine de quantit de livres et detout rgurgiter durant les examens , je mis dans les tudes une ardeurtelle que lhritage magique familial navait plus de sens. Je sautai lesdernires annes de lyce et entrai luniversit seize ans.

    Jessayai dy faire mon trou dans le domaine du thtre, monimagination tant attire par le spectacle et les costumes, et monesprit fascin par la capacit des auteurs voquer dautres lieux etpoques laide des mots. Mes premires prestations sur scne furentsalues par mes professeurs comme dextraordinaires exemples prou-vant que le talent dacteur peut transformer une tudiante ordinaire enun tout autre personnage. Je commenai comprendre que ces mta-morphoses ntaient peut-tre pas dues mon talent lorsque je jouaiOphlie dans Hamlet. peine le rle me fut-il attribu que mescheveux, longs jusquaux paules, se mirent pousser une vitessesurnaturelle jusqu la taille. Je restais des heures assise au bord du lacvoisin, irrsistiblement attire par sa surface luisante, mes nouveaux

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    cheveux flottant autour de moi. Le garon qui jouait Hamlet fut happpar lillusion et nous emes une liaison passionne, bien que dange-reusement explosive. Je me noyai lentement dans la dmencedOphlie et jy entranai tout le reste de la troupe.

    Cela aurait pu dboucher sur une performance captivante, maischaque nouveau rle apportait ses dfis. Durant ma deuxime anne,je reus le rle dAnnabella dans Dommage quelle soit une putain deJohn Ford. Comme le personnage, jattirai une ribambelle de prten-dants pas tous humains qui me suivaient partout sur le campus.Quand ils refusrent de me laisser en paix aprs la dernire reprsen-tation, il fut vident que ce que javais dchan ne pouvait trematris. Jignorais jusqu quel point la magie stait insinue dansmon travail dactrice et je refusais de le savoir. Je coupai mes cheveuxtrs court. Je cessai de porter des jupes et des chemisiers amples etoptai pour les pantalons en toile, les cols rouls noirs et les mocassins,qui avaient la faveur des tudiants en droit ambitieux et quilibrs. Jedpensai mon excs dnergie dans le sport.

    Aprs avoir renonc au thtre, je tentai plusieurs autres domaines,en cherchant un qui soit suffisamment rationnel pour ne jamais laisserla magie y pntrer. Je manquais de prcision et de patience pour lesmathmatiques et mes efforts en biologie se soldrent par une succes-sion dexamens rats et dexpriences de laboratoire inacheves.

    la fin de cette anne, on me demanda de choisir une disciplineou dentamer une cinquime anne. Un programme dtudes dt enAngleterre moffrit loccasion de mloigner encore plus de tout ce quiavait trait aux Bishop. Je tombai amoureuse dOxford et du calmelumineux de ses rues au matin. Mes cours dhistoire traitaient desexploits des rois et des reines et les seules voix que jentendais dans matte taient celles de livres crits aux XVIe et XVIIe sicles. On ne pouvaitattribuer cela qu la grandeur de cette littrature. Mais surtout,personne dans cette ville ne me connaissait, et sil y eut des sorcirescet t-l Oxford, elles gardrent leurs distances. Je rentrai chez moi,optai pour lhistoire, suivis tous les cours ncessaires en un tempsrecord et dcrochai mon diplme avec mention avant mes vingt ans.

    Quand je dcidai dentreprendre mon doctorat, Oxford fut monpremier choix parmi tous les autres. Ma spcialit tait lhistoire dessciences et mes recherches se concentraient sur la priode o ellesupplanta la magie lpoque o lastrologie et les chasses auxsorcires le cdrent devant Newton et les lois universelles. Cetterecherche de lordre rationnel dans la nature, plutt que du surnaturel,tait le reflet de mes efforts pour rester loin de tout ce qui tait cach.La ligne que javais dj trace entre ce qui occupait mon esprit et cequi courait dans mes veines se fit plus prcise.

    Ma tante Sarah ricana quand elle apprit ma dcision de me spcia-liser dans la chimie du XIIe sicle. Ses cheveux dun roux flamboyanttaient le signe extrieur de son caractre explosif et dune langueacre. Ctait une sorcire au franc-parler et au temprament carr

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    qui simposait partout o elle apparaissait. Pilier de la communaut deMadison, elle tait souvent appele pour rsoudre les crises, grandesou petites. Nous tions en meilleurs termes maintenant que je ntaispas soumise ses constantes remarques sur lincohrence et la fragi-lit humaines.

    Bien que nous soyons spares par des centaines de kilomtres,Sarah jugea risible ma dernire tentative pour viter la magie et ne sepriva pas de me le dire :

    Nous appelions cela lalchimie, dit-elle. Il y est beaucoup ques-tion de magie.

    Non, pas du tout, rtorquai-je. (Le but de mon travail tait dedmontrer que cette discipline tait en ralit tout fait scientifique.)Lalchimie nous parle de laccroissement de lexprimentation, pas dela qute dun lixir magique qui transmute le plomb en or et confrelimmortalit.

    Si tu le dis, rpondit Sarah, dubitative. Mais cest un trangesujet dtude pour quelquun qui essaie de passer pour humain.

    Une fois mon diplme en poche, je me battis pour dcrocher unposte Yale, seul endroit qui soit plus anglais que lAngleterre. Descollgues mavertirent que javais peu de chance de lobtenir. Je rdi-geai deux livres, remportai quelques prix et reus des bourses derecherche. Puis je donnai tort tout le monde en obtenant mon poste.

    Plus important : dsormais, ma vie mappartenait. Personne dans ledpartement, pas mme les spcialistes de lhistoire de lAmrique, nefit le lien entre mon nom et celui de la premire femme de Salemexcute pour sorcellerie en 1692. Pour conserver cette indpendancedurement gagne, je continuai refuser de laisser entrer dans ma viela moindre trace de magie. Bien sr, il y eut des exceptions, commelorsque jutilisai lun des sorts de Sarah pour empcher le lave-linge dedborder et dinonder mon petit appartement de Wooster Square.Personne nest parfait.

    Du coup, gardant lesprit ce petit cart, je retins mon souffle,empoignai le manuscrit deux mains et le dposai sur lun des petitslutrins destins protger les livres rares. Javais pris ma dcision : mecomporter en chercheuse srieuse et traiter lAshmole 782 comme unmanuscrit ordinaire. Je ne tiendrais pas compte de la sensation debrlure au bout de mes doigts ni de ltrange odeur du livre et je mecontenterais den dcrire le contenu. Puis je jugerais avec une impar-tialit toute professionnelle sil mritait un examen plus approfondi.Cependant, cest en tremblant que mes doigts dtachrent les petitsfermoirs de cuivre.

    Le manuscrit laissa chapper un lger soupir.Dun coup dil furtif, je massurai que la salle tait toujours

    dserte. Seul rsonnait le tic-tac bruyant de la pendule.

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    Prfrant ne pas noter le livre a soupir , je me tournai vers monordinateur et ouvris un nouveau document. Cette tche familire quejavais dj accomplie des centaines, sinon des milliers de fois, taitaussi rassurante que le formulaire remplir. Je saisis le nom et lenumro du manuscrit et copiai le titre donn dans le catalogue, jenjaugeai le format et la reliure et les dcrivis prcisment.

    Il ne restait plus qu louvrir.Jeus du mal soulever la couverture, comme si elle tait colle aux

    pages. Jtouffai un juron et laissai un instant ma main pose dessus,esprant que lAshmole 782 demandait simplement faire ma connais-sance. Ce ntait pas vraiment de la magie que de poser sa main sur lacouverture dun livre. Ma paume me chatouilla, exactement commelorsquune sorcire me regardait, et le manuscrit se dtendit. Ds lors,je neus aucune peine louvrir.

    La premire page tait du papier pais. La deuxime, enparchemin, portait les mots Anthropologie, trait contenant une brvedescription de lHomme, de la main dAshmole. Les courbes nettes deslettres mtaient presque aussi familires que ma propre criture. Lesous-titre en deux parties : la premire anatomique, la seconde psycho-logique tait rdig dune autre main, au crayon. Elle aussi mtaitfamilire, mais je ne pus lidentifier. Effleurer les lettres aurait pu medonner un indice, mais ctait lencontre du rglement de la biblio-thque et je ne pourrais exploiter linformation que jobtiendrais. Jeme contentai de noter lusage de lencre et du crayon et les deux cri-tures diffrentes, ainsi que les dates possibles de leur rdaction.

    Quand je tournai la premire page, le parchemin me parut anorma-lement lourd et se rvla tre la cause de ltrange odeur du livre. Centait pas seulement une odeur dancien, mais un mlange de moisi etde musc que je naurais su nommer. Et je remarquai immdiatementque trois pages avaient t proprement dcoupes.

    L, enfin, je pus noter quelque chose de facile dcrire : Au moinstrois feuillets dcoups, la rgle ou avec un rasoir. Je scrutai la reliure,mais je ne pus discerner si dautres pages manquaient. Plus jappro-chais mon nez du manuscrit, plus son pouvoir et son trange odeur mefaisaient tourner la tte.

    Je mintressai lillustration qui suivait les trois pages man-quantes. Elle reprsentait une minuscule fillette flottant dans un rci-pient de verre. Elle tenait une rose en argent dans une main et une enor dans lautre. Ses pieds portaient de petites ailettes et des gouttesdun liquide rouge coulaient sur ses longs cheveux noirs. Sous limage,une lgende lencre noire indiquait quil sagissait de lenfant philoso-phal, reprsentation allgorique dune tape cruciale de la fabricationde la pierre philosophale, la substance qui promettait daccorder sonpropritaire sagesse, richesse et immortalit.

    Les couleurs lumineuses taient remarquablement bien conserves.Des artistes dautrefois mlaient des minraux et pierres prcieusesbroyes dans leurs peintures pour fabriquer des pigments clatants. Et

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    lauteur de limage tait dou dun grand talent artistique. Je dus meretenir pour ne pas essayer den savoir plus en leffleurant et l.

    Mais lenlumineur, malgr son vident talent, stait totalementtromp dans les dtails. Louverture du rcipient de verre devait tredirige vers le haut et non vers le bas. Lenfant devait tre moiti noiret moiti blanc, afin de montrer quil tait hermaphrodite. Il devaitavoir des parties gnitales masculines et une poitrine de femme oudeux ttes, tout le moins.

    Limagerie alchimique tait allgorique et notoirement tratresse.Cest pour cela que je ltudiais, y cherchant des rcurrences qui rv-leraient une approche logique et systmatique de lavnement de lachimie une poque prcdant la table des lments. Ainsi, les imagesde lune reprsentaient presque toujours largent, et le soleil, lor.Quand les deux taient chimiquement combins, le processus taitreprsent comme des noces. Avec le temps, les images avaient tremplaces par des mots, qui leur tour, taient devenus la gram-maire de la chimie.

    Mais ce manuscrit mettait lpreuve ma foi dans la logique desalchimistes. Chaque illustration contenait au moins une erreur fonda-mentale et aucun texte ne venait lexpliquer.

    Je cherchai quelque chose qui soit en accord avec mes connais-sances de lalchimie. Dans la lumire faiblissante, des traces dcritureapparurent sur lune des pages. Jinclinai la lampe pour mieux voir. Ilny avait rien. Je tournai la page prcautionneusement. Des mots scin-tillrent et coururent sur la feuille par centaines invisibles moinsde les clairer et de se placer sous un certain angle. Jtouffai un cri desurprise.

    LAshmole 782 tait un palimpseste un manuscrit crit par-dessus un autre. Quand le parchemin tait rare, les rdacteurs lavaientmticuleusement lencre des vieux livres et crivaient sur les pagesredevenues vierges. Avec le temps, lancien texte rapparaissaitsouvent au-dessous, comme un fantme textuel, discernable sous lalumire ultraviolette, capable de lui rendre la vie.

    Mais l, il ny avait pas de lumire ultraviolette assez puissantepour rvler ces traces. Il ne sagissait pas dun palimpseste ordinaire.Lcriture navait pas t lave elle avait t dissimule laide dunsortilge quelconque. Mais pourquoi se donner le mal densorceler letexte dun livre alchimique ? Mme les experts avaient du mal eninterprter le langage obscur et les images saugrenues.

    Laissant de ct les ples lettres qui dfilaient trop rapidement, jemattachai rdiger un rsum du contenu du manuscrit. Intriguant.Lgendes allant du XVe au XVIIe, illustrations principalement du XVe.Sources ventuellement plus anciennes ? Mlange de papier et de vlin.Encres noire et de couleur, ces dernires tant dune qualit inhabituelle-ment leve. Illustrations bien excutes, mais dtails incorrects oumanquants. Descriptions de la fabrication de la pierre philosophale,naissance/cration alchimique, mort, rsurrection et transmutation.

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    Copie errone dun manuscrit antrieur ? Ouvrage trange, remplidanomalies.

    Mes doigts hsitrent au-dessus du clavier.Les chercheurs sont devant une alternative quand ils dcouvrent

    des informations qui ne cadrent pas avec ce quils savent dj. Soit ilsles cartent pour ne pas remettre en question leurs thories chries,soit ils y accordent la plus grande attention afin daller au bout delnigme. Si ce livre navait pas t ensorcel, jaurais pench pour ladeuxime solution. Mais cause de cela, jtais tent par la premire.

    Cependant, dans le doute, les chercheurs remettent gnralementleur dcision plus tard.

    Je tapai un dernier commentaire qui ne mengageait pas : examiner plus en dtail ? redemander ?

    Retenant mon souffle, je refermai dlicatement le livre. Descourants magiques continuaient de parcourir le manuscrit, en particu-lier autour des fermoirs. Soulage de lavoir referm, je le contemplaiun moment. Mes doigts voulaient revenir sur le cuir bruni. Mais cettefois, je rsistai, tout comme je mtais abstenue de toucher les inscrip-tions et les illustrations pour en apprendre plus quun historienhumain ne pouvait lgitimement prtendre savoir.

    Ma tante Sarah mavait toujours dit que la magie tait un don. Sitel tait le cas, elle me reliait toutes les sorcires Bishop quimavaient prcde. Il y avait un prix payer pour lusage de cepouvoir magique hrit et des sorts et charmes qui constituaient lartsoigneusement protg des sorcires. En ouvrant le 782, javais franchila frontire qui sparait mes pouvoirs de mon travail de chercheuse.Mais maintenant que jtais revenue du bon ct, jtais plus dter-mine que jamais y rester.

    Termin ? demanda Sean quand je revins son bureau. Pas tout fait. Je voudrais rserver les trois premiers pour

    lundi. Et le quatrime ? Jen ai fini, bafouillai-je. Tu peux le ranger.Sean le dposa sur la pile des retours. Il maccompagna jusqu

    lescalier, me dit au revoir et disparut derrire une porte tambour. Letapis roulant qui allait emporter lAshmole 782 dans les entrailles de labibliothque se mit en branle.

    Je faillis me retourner pour larrter, mais je me ravisai.Ma main tait pose sur la porte du rez-de-chausse quand lair se

    tendit autour de moi, comme si la bibliothque menserrait. Il scintillaune fraction de seconde, tout comme les pages du manuscrit ; je fris-sonnai et les poils se hrissrent sur mon bras. Quelque chose venaitde se produire. Quelque chose de magique. Je me retournai vers lasalle Duke Humfrey et faillis rebrousser chemin.

    Ce nest rien, me dis-je en sortant du btiment dun pas dcid.En es-tu bien sre ? murmura une voix que javais longtemps

    ignore.