eliphas levi - le livre des sages

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Le livre des Sages - Eliphas Levi (Premire Partie) Prface Ce livre contient les principes et les lments de cette troisime rvlation que le comte Joseph de Maistre disait tre ncessaire au monde. Cette troisime rvlation ne peut tre que l'explication et la synthse des deux autres. Elle doit concilier la Science et le Dogme; l'autorit et la libert, la raison et la foi. Nous avons prpar le grain et d'autres feront les semailles. Celui qui a crit ces pages est loin de se croire un prophte. Il voit la vrit et il l'crit. Son autorit c'est l'vidence et sa force c'est la raison. Il parle pour les sages et il s'attend la drision et au ddain des fous. Il crit pour les forts et ne sera pas lu par les faibles qui l'on fera peur de ses doctrines. Ce livres est en deux parties. La premire contient des dialogues rsumant toute la polmique religieuse et philosophique du sicle prsent. La seconde contient des dfinitions et des aphorismes. Il n'y a ici, ni fleurs de rhtorique, ni phrases. Deux choses ternelles ont seules proccup l'auteur : la justice et la vrit.

Premier Dialogue : Un Clrical - Eliphas Lvi Le Clrical : Vos prtendues sciences viennent de l'enfer et vos raisons sont des blasphmes. Eliphas Levi : Je ne sais si votre ignorance vient du ciel; mais vos raisons vous ressemblent fort des injures. Le Clrical : J'appelle les choses par leur nom, tant pis pour vous si ces noms doivent vous paratre injurieux. Comment, vous qui tes sorti de l'Eglise, vous qui d'aidez l'impit saper dans sa base son difice ternel, vous avez le fol orgueil de croire qu'elle chancelle sous les coups de vos semblables, et pour comble d'outrages, vous tendez pour la soutenir votre main sacrilge. Ne craignez-vous pas le sort d'Oza, que Dieu frappa de mort parce que, dans une intention meilleure que la vtre et avec des mains peut-tre plus pures, il voulut soutenir l'arche sainte ? Eliphas Levi : Je vous arrte ici, Monsieur, vous citez la Bible sans la comprendre, j'aimerais mieux votre place la comprendre sans la citer. La mort d'Oza, dont vous me parlez ici, ressemble un peu la fin tragique des quarante deux enfants dvors par des ours pour avoir ri de ce que le prophte Elise tait chauve. Heureusement dit Voltaire ce propos, il n'y a pas d'ours en Palestine.

Le Clrical : Alors la bible est un tissu de contes ridicules, et vous vous en moquez comme Voltaire. Eliphas Levi : La Bible est un livre Hiratique, c'est--dire sacr; elle est crite en style sacerdotal, avec un mlange continuel d'histoires et d'allgories. Le Clrical : L'glise seule a le droit d'interprter la Bible. Croyez-vous son infaillibilit ? Eliphas Levi : Je suis de l'glise et je n'ai jamais rien dit, ni rien crit de contraire son enseignement. Le Clrical : J'admire votre aplomb. N'tes vous pas un libre penseur ? Ne croyez-vous pas au progrs ? N'admettez-vous pas les tmrits de la science moderne qui donne tous les jours des dmentis l'criture Sainte ? Ne croyezvous pas l'anciennet indfinie du monde et la diversit soit simultane, soit successive des races humaines ? Ne traitez-vous pas de mythe ou de fable ce qui est la mme chose, l'histoire de la pomme d'Adam sur laquelle se fonde le dogme du pch originel ? Mais vous savez bien qu'alors tout s'croule; plus de pch originel, plus de rdemption, partant plus de rvlation ni d'incarnation, car tout le christianisme n'a t qu'une longue erreur. L'glise ne peut se maintenir qu'en prescrivant le bon sens et en propageant l'ignorance. Vous en tes l, et vous osez vous dire catholique ? Eliphas Levi : Que veut dire le mot catholique ? Ne veut-il pas dire universel ? Je crois au dogme universel et je me garde des aberrations de toutes les sectes particulires. Je les supporte pourtant, dans l'esprance que le progrs s'accomplira et que tous les hommes se runiront dans la foi aux vrits fondamentales, ce qui s'est dj accompli dans cette socit dj rpandue par tout le monde, qu'on nomme la Franc-Maonnerie. Le Clrical : Courage, Monsieur, dmasquez-vous enfin compltement ; vous tes franc-maon sans aucun doute et vous savez parfaitement que les francsmaons viennent tout rcemment encore, d'tre excommunis par le Pape. Eliphas Levi : Oui, je sais cela, et depuis ce temps j'ai cess d'tre franc-maon parce que les francs-maons excommunis par le Pape ne croyaient plus devoir tolrer le catholicisme, je me suis donc spar d'eux pour garder ma libert de conscience et pour ne pas m'associer leur reprsailles peut-tre excusables, sinon lgitimes mais certainement inconsquentes, car l'essence de la maonnerie, qui est la tolrance de tous les cultes. Le Clrical : C'est--dire l'indiffrence en matire de religion ? Eliphas Levi : Dites en matire de superstitions.

Le Clrical : Oh ! Je sais que pour vous la Religion et la superstition sont une seule et mme chose. Eliphas Levi : Je crois au contraire que ce sont deux choses opposes et inconciliables, tellement, qu' mes yeux les superstitieux sont des impies. Quant la religion il n'y en a qu'une et il n'y en a jamais eu qu'une vritable. C'est celle-l que j'appelle vraiment catholique ou universelle. Un musulman peut la pratiquer comme l'a bien fait voir l'mir Abdel-Kader, lorsqu'il a sauv les chrtiens de Damas. Cette religion c'est la charit; le symbole de la charit c'est la communion et l'oppos de la communion c'est l'excommunication; communier c'est voquer Dieu; excommunier c'est voquer le diable. Le Clrical : C'est pour cela que vous avez le diable au corps, car certainement de pareilles doctrines font de vous un excommuni. Eliphas Levi : Si j'avais le diable, ce serait vous qui me l'auriez donn et certes je ne serais pas assez mchant pour vous le rendre; je le traiterais comme les marchands traitent les pices fausses qu'ils clouent sur leur comptoir pour les retirer de la circulation. Le Clrical : Je ne veux pas vous couter davantage, vous tes un extravagant et un impie. Eliphas Levi : (riant) Vous en savez long sur mon compte ! Et vous en dites des choses dont je suis loin de me douter, je ne suis pas si savant et je ne vous dirai pas ce que vous tes : je vous ferai observer seulement que ce que vous dites n'est ni charitable ni poli. Le Clrical : Vous tes un des plus dangereux ennemis de l'glise. Eliphas Levi : C'est M. de Mirville qui vous a dit cela. Mais je rpondrai lui comme vous par ces deux vers de notre bon et grand La Fontaine : Rien n'est plus dangereux qu'un imprudent ami, mieux vaudrait un sage ennemi . Deuxime Dialogue : Un Philosophe - Eliphas Levi Le Philosophe : (entrant) Que faisiez-vous de cet nergumne ? Eliphas Levi : Rien de bon je crois, j'aurais voulu le calmer et je ne parvenais qu' le mettre de plus en plus en colre. Le Philosophe : Aussi qu'avez-vous faire avec de pareille gens ? Et pourquoi vous obstinez-vous vous dire encore catholique, vous loignez de vous les libres penseurs et les catholiques vous excrent.

Eliphas Levi : C'est un malentendu. Le Philosophe : Dont vous tes cause. Pourquoi vous obstinez-vous dire un chien lorsqu'il s'agit d'un chat ? Eliphas Levi : Je ne crois pas tre jamais permis de pareilles excentricits de langage; j'appelle les choses par leur nom, mais il m'est arriv de voir des chiens et des chats qui s'entendaient ensemble merveille. Le Philosophe : Cela ne prouve rien en faveur de votre rve qui est l'accord impossible entre la religion et la science, entre l'autorit dogmatique et la libert d'examen. Eliphas Levi : Pourquoi impossible ? Le Philosophe : Parce que la religion c'est le rve qui veut faire la loi la raison; c'est l'absurde qui s'impose avec l'obstination de la folie; c'est l'orgueil de l'ignorance qui, pour se croire surnaturelle, invente des vertus contre nature; c'est Alexandre VI mis la place de Dieu; c'est la clef du ciel remise dans les mains sanglantes des inquisiteurs. Eliphas Levi : Non, la religion n'est rien de tout cela, la religion c'est la foi, l'esprance et la charit. Le Philosophe : Qu'appelez-vous la Foi ? Eliphas Levi : La foi c'est l'affirmation de ce qui doit tre et l'aspiration confiante ce qu'il est bon d'esprer. Le Philosophe : Sortons des nuages s'il vous plait. Vous vous dites catholique or savez-vous ce que c'est qu'un catholique ? Eliphas Levi : Catholique veut dire universel, un catholique c'est celui qui se rattache aux croyances universelles, c'est--dire la religion unique dont le fond se trouve dans les dogmes de tous les peuples et de tous les temps. Le Philosophe : Non, Monsieur, un catholique, suivant M. Veuillot que Rome ne condamne pas, c'est celui qui croit que J.C. est le seul Dieu et qu'il parle par la bouche du Pape. Eliphas Levi : Laissons M. Veuillot et parlons raison. Le Philosophe : Non pas, puisque nous parlons religion, vous savez bien que suivant un pre de l'glise fort autoris, l'objet de la croyance c'est l'absurde. Eliphas Levi : L'infini n'est-il pas absurde ? Et pourtant la science est force d'y

croire. Le rapprochement ternel de deux lignes qui ne se toucheront jamais n'est-il pas absurde, et cependant la gomtrie est force de l'admettre. Il y a des absurdits de deux sortes : les unes ne sont qu'apparentes, ce sont celles qui viennent du dfaut de notre intelligence. Les autres sont videntes : ce sont les affirmations contraires des vrits dmontres; or la religion ne nous engage pas accepter celles-l. Le Philosophe : N'entrons pas dans le labyrinthe de vos mystres. Le dogme embrouill plaisir par vos thologiens me donnerait trop beau jeu, mais ces vieilleries sont tellement abandonnes de nos jours, qu'on ne s'en occupe plus mme pour rire. En somme le christianisme est dpass par le progrs, il a fait son temps et si vous voulez mettre du vin nouveau dans ce vieux vase, vous perdrez le vase et le vin. Laissez le vieux catholicisme mourir en paix, il ne vous accepte pas, vous tes pour lui un rengat et un sacrilge, ayez le courage de votre libre pense et laissez les morts ensevelir leurs morts. Vous faites de ridicules efforts pour concilier la civilisation modern