geert goiris | monographie

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64p geert goiris

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  • GEERTGORIS

    [ENTRETIEN AVEC GEERT GOIRIS 2011]

    frdric oyharabal| voici ma description de pools at dawn (1999). quen pensez-vous ? pools at dawn montre deux piscines bordes sur deux cts par des arbustes agits par le vent. derrire les arbustes, une bande de couleur verte suit la perspective des deux bassins. elle voque la prsence dun vaste pr ou dun mur. le regard glisse du premier bassin partiellement visible vers le second bassin pour buter sur le plongeoir. des feuilles mortes jonchent le dallage imprgn dhumidit. elles indiquent la fin de lautomne ou le dbut de lhiver. il y a un contraste entre la nettet quasi sculpturale des bassins avec leurs chelles en inox refltant la lumire blanche, la fixit de leau semblable une paroi de verre poli, et lagitation des arbres. cette agitation nvoque bizarrement aucun son. tout mouvement, tout son, semble absorb, attnu, touff par la fixit de leau, la nettet des bassins, les dtails du dallage et des feuilles mortes, la composition rigoureuse de ces diffrents lments. par ailleurs, rien nindique les limites de ce paysage et sa situation gographique. sagit-il dun sanatorium ? dune proprit prive ? dun espace labandon ? combien de bassins ? geert goiris| je pense que cest une description assez fconde. tous les lments visuels sont bien observs. les remarques sur labsence de son et le mouvement fig sont tout fait pertinentes. les raisons principales qui mont conduit prendre cette photo sont une recherche dabstraction et lutilisation de lappareil photo pour montrer quelque chose que loeil humain nest pas capable de percevoir. je voulais condenser une priode dune heure et demi en une image. chaque mouvement des arbres, et toute la squence du changement de lumire sont enregistrs sur la pellicule. jtais prs de lappareil photo durant tout le temps de lexposition et lespace se rtrcissait mesure que la lumire dclinait. au dbut, je pouvais voir tout lespace avec tous ses dtails. puis, progressivement, la lumire diminuait et la fin, je pouvais peine voir mes pieds. dans le mme temps, limage latente sur le film devenait de plus en plus visible, mesure que passait le temps de lexposition. lappareil pouvait tre compar un sablier o une certaine quantit de lumire tait transfre de lespace rel vers la surface de la pellicule. pour moi, le caractre rituel de ce processus tait presque aussi important que lespace rel reprsent. la photographie a t prise bornholm, une le danoise. cela mintresse beaucoup de faire des photos dans des les parce que la lumire y est extrmement bizarre, singulire. les mers ou ocans qui entourent les les agissent souvent comme dimmenses

    miroirs qui refltent le soleil et le clair de lune [...]

    GEERTGORIS

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    GEERTGORIS

  • Exprience parfois inquitante, comme si le monde semblait sanimer dune vie propre, une vie lente et menaante comme celle dun animal primitif mais exprience profondment mlancolique aussi, tant le sentiment de la perte y est intense, comme chez les Matres de la peinture flamande dont le travail de Geert Goiris est imprgn, sans nostalgie mais avec une conscience aigu de la catastrophe du prsent. Cest, par exemple, dans la srie Whiteout, cette vue dune barre dimmeubles lassaut de laquelle semblent monter les herbes du terrain vague attenant. Dans CCTS, cest la plante du dsert qui dploie ses bras au sol comme une araigne gante. Dans Mud Vulcanoes, une langue de glace semble maner dune source cache et tmoigner dune sourde menace. LAIR, une vue de Los Angeles aux rayons X transforme la ville en une sorte de savane spectrale, prfigurant le retour de cette cit du dsert sa condition premire. Tout se passe comme si un lger trembl animait les lieux et les choses. Dans Slowfast, la pose longue donne la mer une consistance laiteuse, et la falaise la lgret paradoxale dune aquarelle.

    Le paradoxe est que ltranget et lambigut dun monde dont nous sommes absents, dun monde tel quil est quand personne ne le regarde, napparaissent que si le photographe parvient faire comme sil ntait pas vraiment l, se dcaler jusqu la priphrie. Cette lisire des choses est parfois spatiale, et se traduit alors par des vues panoramiques ou en plonge. Toutefois, lartiste ne cultive aucunement les angles compliqus et le motif principal se trouve le plus souvent au centre de limage. Mais elle peut aussi tre lie un procd technique, une vue aux rayons X, ou bien un temps de pose trs long, jusqu plusieurs heures, qui donne naissance une nouvelle matrialit du paysage, rvlant ainsi les failles dumonde des apparences, ses fractures, et ltranget quil recle.

    It is sometimes a worrying experience, as though the world seemed animated with its own life, a slow and menacing life, like that of a primitive animal but also an extremely melancholic experience, so strong is the feeling of loss, similar to the Masters of Flemish painting, whose work Geer Goiris has immersed himself in, without nostalgia, but with a keen awareness of the catastrophe of the present. For example, in the Whiteout series, it is the view of a housing block that seems to be attacked by the rising weeds of the adjoining wasteland. In CCTS, it is the desert plant that spreads its arms over the ground like a giant spider. In Mud Volcanoes, a tongue of ice seems to emanate from a hidden source and bear witness to a subdued threat. LAIR, an x-ray view of Los Angeles, transforms the city into a sort of spectral savannah, prefiguring the return of this city to the desert, its initial condition. Everything occurs as though a slight quavering animated the sites and objects. In Slowfast, the long exposure gives the sea a milky consistency, and the cliff the paradoxical lightness of a watercolour.

    The paradox is that the strangeness and ambiguity of a world in which we are absent; a world as it is when no one is ooking, is only visible if the photographer manages to act as if he is not there, and to move to the edge. This edge of things is sometimes spatial, and can be translated by panoramic views or high-angle shots. However, the artist does not cultivate complicated angles and the main subject is most frequently located at the image centre. However, it can also be linked to a technical procedure, an X-ray view, or a long exposure, for up to several hours, which gives rise to a new materiality of the landscape, revealing in this way the faults of the world of appearances, its fractures and the strangeness it conceals.

    Les photographies naissent de cette exprience dans le temps et dans lespace, et se chargent leur tour de la transmettre au spectateur.The photos are created from this experience in time and space, and are charged with transmitting it in turn to the spectator.

    Suspension, framed lambda print, 100 x 120cm, 2006

  • Geert Goiris dit parfois de ses photographies quelles sont rencontres ou dcouvertes , comme si elles prexistaient en quelque sorte dans la ralit, et quil suffisait daller leur rencontre. On se doute que les choses ne sont pas aussi simples. Car pour les dcouvrir, encore faut-il savoir les chercher au bon endroit et tre dans la disposition qui permet de les percevoir. O 1sont ces lieux, et que sont-ils ?Ils ne sont pas strictement localisables sur le plan gographique, mme si lartiste a des paysages de prdilection, lAntarctique, les dserts, des lieux abandonns, sauvages . Mais la sauvagerie peut aussi bien surgir dans un jardin europen, une architecture moderniste, une ville amricaine : elle est affaire de regard et de posture. Comme Geert Goiris le dit on ne peut plus clairement, cest la raison pour laquelle jai choisi la posture de ltranger, et quen toute chose, je mefforce de prserver lambigut. La raison pour laquelle galement je recours la mtaphore du sauvage : je voyage non par got de lexotisme (mes photos ne sont pas des trophes), mais pour me librer des contingences propres chaque lieu et ouvrir unecomprhension plus large du sauvage, delinapprivois.

    Geert Goiris sometimes says that his photographs are what he meets or discovers, as if they already existed in some way in reality, and that all that is needed is to go out and find them. We imagine that things arent as simple as all that, since to discover them, you need to know to look for them in the right place and to be in the mood that enables you see them. Where are these places and what are they? They are not strictly locatable from a geographic point of view, even if the artist has his favourite landscapes, such as the Antarctic, deserts, and abandoned wild sites. However, the wildness can also spring up in a European garden, modernist architecture or an American villa. It is a question of position and the manner in which it is seen. As Geert Goiris says most clearly, this is the why I chose the position of the stranger, why in everything I try to preserve my ambiguity, and why I also resort to the metaphor of wild. I do not travel through a taste for the exotic (my photos are not trophies), but to free myself from the routines specific to each place and to open up to a wider understanding of the wild and the untamed.

  • Melting Snow, Lambda print, 100 x 125 cm, 2005

  • Le paradoxe est que ltranget et lambigut dun monde dont nous sommes absents, dun monde tel quil est quand personne ne le regarde, napparaissent que si le photographe parvient faire comme sil ntait pas vraiment l, se dcaler jusqu la priphrie. Cette lisire des choses est parfois spatiale, et se traduit alors par des vues panoramiques ou en plonge. Toutefois, lartiste ne cultive aucunement les angles compliqus et le motif principal se trouve le plus souvent au centre de limage. Mais elle peut aussi tre lie un procd technique, une vue aux rayons X, ou bien un temps de pose trs long, jusqu plusieurs heures, qui donne naissance une no velle matrialit du paysage, rvlant ainsi les failles du monde des apparences, ses fractures, e