le deuxième souffle

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1 Michèle et Laurent Pétin présentent Le deuxième souffle un film de Alain Corneau D’après l’ouvrage de José Giovanni Editions Gallimard © 1958 SORTIE 24 OCTOBRE 2007 Durée : 2h35 Son DOLBY SRD ~ DTS SR Format CINEMASCOPE Jean-Pierre Vincent Laurent Renard Tél 01 42 25 23 80 Tél 01 40 22 64 64 Fax 01 42 89 54 34 Fax 01 53 34 99 35 [email protected] [email protected] www.arpselection.com

Author: vantruc

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    Michle et Laurent Ptin prsentent

    Le deu xi m e souf fl e

    un film de Alain Corneau

    Daprs louvrage de

    Jos Giovanni Editions Gallimard 1958

    SORTIE 24 OCTOBRE 2007

    Dure : 2h35

    Son DOLBY SRD ~ DTS SR

    Format CINEMASCOPE

    Jean-Pierre Vincent Laurent Renard Tl 01 42 25 23 80 Tl 01 40 22 64 64 Fax 01 42 89 54 34 Fax 01 53 34 99 35 [email protected] [email protected]

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    Le livre de Jos Giovanni a t dit en 1958. Il ma toujours fascin comme tant lun des grands textes de la littrature Noire franaise. Inspir de personnages rels, Giovanni les grandit subtilement et leur donne la noblesse ncessaire pour que puisse se mettre en marche la mcanique fatale du destin. Il nous livre un magnifique portrait de dignit foudroye, et nous donne rver Depuis trente ans, je rve dun nouveau deuxime souffle . Bienvenue dans ce rve Alain Corneau

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    SYNOPSIS

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    1960. Gu, clbre et dangereux gangster condamn vie, svade de prison. Traqu par la police, il veut senfuir ltranger avec Manouche, la femme quil aime. Ayant besoin dargent, il accepte de participer un dernier hold-up IL ETAIT DEUX FOIS LE DEUXIEME SOUFFLE Au dpart il y a une prison, la centrale de Melun, et un homme qui, aprs y avoir sjourn onze ans, ressort libre mais avec un casier judiciaire, fich au grand banditisme. Sa premire visite est pour son avocat. Celui-ci devine que son client cherche rorienter sa vie. Ecrivez ! lui dit-il. Je ne parle pas de jouer lcrivain Ecrivez comme une longue lettre. Une histoire vcue vous facilitera lcriture Ce conseil ne vient pas de nulle part. Lavocat, qui est aussi critique littraire, chroniqueur thtral et crivain ses heures, a dcel, dans le journal crit par son client durant ses quarante semaines passes dans le couloir de la mort, lempreinte dun vrai talent. Cest comme si lhomme, complex de navoir pour tout diplme quun certificat dtudes primaires, nattendait que a. Un an plus tard, en Hors-srie chez Gallimard, parat Le trou que lauteur ddie Stephen Hecquet, son avocat. Cest le premier roman de Jos Giovanni. Marcel Duhamel lui propose dcrire dsormais pour la Srie noire . Dans ses Mmoires intitules Mes grandes gueules , parues en 2002 chez Fayard, Jos Giovanni raconte : Me lancer dans lcriture dun nouveau livre ? Rflchir dabord lhistoire. A ma grande surprise, il me suffit dy penser et mes personnages se lvent, saiment, se hassent, se pourchassent dans mon imaginaire Je mets en scne le vieux Gu, condamn perpte aprs lattaque du train dor et qui svada de la centrale de Castres avec mon ami Bernard Madeleine. Gu est fatigu, il nose pas sauter

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    du toit et, au passage, saccrocher au fate du mur denceinte... Le troisime vad, le Belge, manque le haut du mur et va scraser douze mtres plus bas. Un mort en libert. Je dcris la peur de Gu, cad respect, accroupi sur le toit. Sa faiblesse minspire. Je laime bien, le vieux Gu. Nous avons rat ensemble une vasion La deuxime chance que la vie offre Jos Giovanni, il va loffrir son hros, le vieux Gu . Un homme que de longues annes au trou ont rendu inadapt au milieu. Les gangsters ont chang, les flics aussi. Sans foi ni loi, de quelque ct que lon se situe. Plus de parole, plus dhonneur. Gendarmes et voleurs sont entrs dans lre du donnant-donnant, et cela rvolte Gu. Plutt mourir que devenir comme eux. Gu aura beau svader deux fois, et russir un casse haut-risque, il avancera inexorablement vers sa perte. Jos Giovanni la voulu ainsi. Je plonge le vieux Gu au sein dune pgre modifie par les compromis Je lenrichis, je le couvre de lingots. Aprs une deuxime vasion, il pourrait fuir. Je le dirige vers une fin qui sauvera son honneur, dans un mitan qui se fout de lhonneur comme un pingouin dun radiateur lectrique Gu nest pas du mme monde. Ce monde le trahit, il le quittera, dans un dernier combat pour punir les tratres. Cest un homme bless qui se trane sur le palier, un flingue dans chaque main, refusant de se rendre aux flics, tiraillant sans aucune chance de leur chapper, pour quils labattent. Une mort de guerrier . Une vie dshonorante ou une fin hroque ? Giovanni na pas hsit. Il aime ce que le Robert dfinit ainsi : Action dont les vnements, par le jeu de certaines rgles, se traduisent en conflits intrieurs chez des personnages aux prises avec un destin exceptionnel . La tragdie. Le mot est lch, avec ce quil a dinluctable, de noble aussi. Ce roman, Jos Giovanni nous en offrira un exemplaire ddicac en 2001. Un passage de sa ddicace signale : le livre, crit en 47, est sorti en 58 . Il tait sorti de prison en 56 o, de son propre aveu, il navait crit quun journal de son quotidien dans les quartiers des condamns mort. 1947 serait donc lanne durant laquelle il imagina le parcours des personnages de ce livre ? En tout cas tous ont rellement exist et pas seulement Bernard Madeleine, ou le commissaire Blot alias Clot quon croise dans certains autres de ses romans. Cest la ralit qui a nourri la fiction, comme il lindique dans ses Mmoires : Je sais bien qu la vrit, le vieux Gu, repris aprs lvasion de Castres, svada encore. Fut repris et svada nouveau pour se laisser cueillir sur une plage du Sud, entre les rochers, affaibli par la faim. Le livre lui parvint la centrale de Nmes. Il y purgeait sa peine perptuelle Le bouquin lui fit sans doute croire son ultime trajet de desperado intact. Je souhaite quil croie aussi lhistoire damour que je lui ai invente avec Manouche, grie des barons de la pgre. Tous ces personnages rels qui ne se sont jamais rencontrs et que jai prcipits dans le mme haut-fourneau de la tragdie A la fin du roman, Jos Giovanni fait dire Gu juste avant son ultime combat : Quon en finisse ! . Cette phrase servait de titre au manuscrit quil envoya Marcel Duhamel. Mimi Danzas, une des collaboratrices qui travaillait la Srie Noire eut lide de proposer un autre titre : Le Deuxime souffle .

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    Le livre parait en1958. Cest un succs critique et public. Jean Cocteau crit Jos Giovanni Lintrigue, la langue, la noblesse, tout est remarquable. Cest une sorte de chef-duvre . Jean Rossignol, responsable des droits cinmatographiques chez Gallimard, envisage dj un film. Tandis que Jacques Becker sapprte raliser Le trou , Rossignol confie Giovanni : Signoret sintresse Manouche, Montand pourrait jouer Gu ? Giovanni prfrerait Charles Vanel qui aura le refus raliste : Merci de me proposer a, cest magnifique, mais les autres refuseront Le commerce, les affaires Le devis du film Le rle principal doit tre couvert par une star . Quelques mois plus tard Jacques Becker dcde, avant la sortie de son ultime film Le trou qui sera un succs. Claude Sautet travaille sur Classe tous risques . Jean Rossignol rve dune troisime adaptation et se fait lavocat dun grand admirateur de Jos Giovanni qui rve dadapter Le deuxime souffle au cinma : Jean-Pierre Melville. Ds leur premire rencontre Jos Giovanni, sil admire le talent du ralisateur : Le silence de la mer est une chanson de gestes, je tire mon chapeau Sa contradiction est indissociable de son talent , se montre mfiant envers lhomme. Melville est un charmeur de serpents. Sa voix mlodieuse lui sert de flte, mais un rien de jsuitisme suinte du personnage En sa compagnie, jcoute davantage que je ne parle et je reconnais l mon tat dalerte. Jessaye de comprendre son systme, savoir son dsir denvoter les gens, de les possder. Jai une nette vision de laraigne dans sa toile . Se fiant cependant aux conseils de Jean Rossignol, il laisse celui-ci signer avec Melville des contrats progressifs. Il est prvu que Simone Signoret interprte Manouche, tandis que Serge Reggiani jouerait Gu, ce que Giovanni approuve : En plus de son talent dacteur, il est physiquement proche de Gu . Tout avance normalement lorsque parat un article en pleine page du Film Franais : Jean-Pierre Melville prpare le plus grand film policier de lhistoire du cinma franais . Giovanni enrage. Mon nom et mon bouquin ont disparu. Il ne reste que Melville le magnifique, lempereur de la rue Jenner, le multi crateur. Manants, laissez passer le prince... Je retrouve Melville et mets lannonce devant son regard de loukoum teint dun tonnement de comdie. Je suis o, l-dessus ?... Ce nest rien, absolument rien. Que jattende pour lire le gnrique du film, que jattende pour juger de son amiti, de son admiration pour moi ! Je ne tiens pas mattarder, de crainte de perdre mon contrle face ce baratin de bazar. Je lui balance quil ne fera pas le film et je me prcipite pour tlphoner Jean Rossignol. Nous navons pas sign tous les accords. De plus, le producteur de Melville est trs en retard sur lchancier des paiements du roman. Je sais trs bien quune autre possibilit de traiter le film ailleurs sera moins talentueuse, mais je men contrefous. Tout sauf ce jsuite. Giovanni envisage de confier la ralisation du Deuxime souffle Denys de la Patellire, sur un scnario de Pascal Jardin. Jean-Pierre Melville obtient du CNC que soit bloqu lautorisation de ce tournage. Giovanni ragit aussitt. Je continue penser que ni La Patellire ni Jardin nont le tempo de ce roman. Malgr tout, je me prcipite au CNC. Melville a brandi des dbuts daccord sur le scnario. Mais Jean

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    Rossignol avait rcupr les droits du roman pour dfaut de paiement. a coince les rouages du cinma. La justice devra trancher sur le fond Un producteur nomm Charles Lombroso dcide de rconcilier Melville et Giovanni, paul en cela par linfatigable Jean Rossignol. Giovanni, peu peu, accepte de les couter. Il est temps, dans ma nouvelle vie, de limer mes angles vifs. Chacune de mes demandes est dabord refuse par Melville. Puis accepte. La vie du petit Charles (diminutif affectueux pour parler de son producteur) se transforme en yoyo. Dabord, mes dialogues. Melville a utilis dans le scnario tous les dialogues du roman et il veut signer seul. Jen rajoute : il faudra aussi encadrer mon nom sur les lumineux des cinmas. Ensuite, la distribution. Il distribue le gangster Paul Meurisse et le flic Lino Ventura qui, il est vrai, adore le rle. Je refuse de signer. Je veux inverser pour la crdibilit au premier degr. Pour pater la profession, il distribue Tino Rossi dans le gangster qui a mont lattaque du fourgon. Je refuse de voir Tino un colt la main. Je naccepte que Raymond Pellegrin. Simone Signoret ne joue plus Manouche, le rle tant minimis. Melville pense une speakerine de la tl, Christine Fabrega Le film se tourne enfin, de faon rocambolesque et aventureuse. Et Giovanni respecte lacharnement avec lequel Melville se bat pour ce film. Melville a pour qualit de ne rien brader. Le petit Charles avait dclench le tournage dans un coup de folie : il ne pouvait payer que la premire semaine de tournage car le distributeur ne dbloquait pas son avance. Pour payer la deuxime, il emprunte de largent Louis Malle. Pour payer la troisime, un jeune directeur de production ambitieux sauvera le petit Charles. A la fin de la quatrime semaine, a manque de boue de sauvetage lhorizon et le tournage sinterrompt. Lino va tourner un autre film pendant que Melville monte les squences des quatre semaines dimages. En les visionnant, le distributeur dbloque lavance. Le film, oxygn, reprend. Melville naura concd aucun allgement au scnario. On prtend quun film policier na de public que sur un impact court, haletant, dune heure trente. Melville conclut en deux heures et quinze minutes et conserve limpact. Ma fresque de la pgre nest pas trahie Mauvaise surprise, piqure de rappel. Au moment de la sortie, la ralit tente de billonner la fiction. Lorsque Manouche, ex-grie de la haute pgre, essaye de bloquer la sortie du film en justice, a fait dsordre dans mon univers. Je navais pourtant utilis que le surnom de cette dame. Les vnements du roman ne la concernaient pas et elle na jamais eu la moindre relation avec Gu, gangster vad sur le retour. Je dois me dfendre On me parle de matre Robert Badinter, spcialis dans les litiges crs par le cinma. Je lui confie laffaire. Il lit le livre, voit le film de Melville, tudie la personnalit vritable de Manouche, qui a dj confi sa vie de truanderie une presse friande de cette ptisserie pour midinette. Badinter gagne le rfr. Manouche est dboute Plus tard, lorsque les critiques, tous logieux, encenseront Melville, son imagination, ses dialogues, et lpaisseur du comportement des personnages, Jos Giovanni ne pourra que constater quel point laura du film a tout effac, jusqu la trace de son roman: Pourtant, sil y avait une chose que je devais Melville, ctait bien davoir respect la construction du roman, les vnements, les caractres et les dialogues, puiss dans le livre la virgule prs.

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    Le film sort le 2 novembre 1966 dans six salles parisiennes, dont une seule, le Select Path, existe encore et sappelle dsormais Le cinma des cinastes . Ce sera un succs : 1 million 912 749 spectateurs France, dont 647 857 sur Paris intra muros. La mme anne, Jos Giovanni saute le pas et devient ralisateur son tour. Son premier film La loi du survivant est ladaptation partielle de son roman Les aventuriers . Ds son deuxime film, il choisit de mettre en scne les livres dautres auteurs. Son cinquime film, en 1971, est ladaptation dune Srie noire amricaine Un aller simple . Il part le tourner Anvers. Jengage un certain Alain Corneau comme premier assistant Sa vitalit est stupfiante. On coupe six heures du matin, et midi il rveille dj lquipe pour parler de la suite. Lorsquune personne, parfois trangre, mapproche, il sinterpose : Faut pas dranger le metteur en scne . Il est vident quil en sera bientt un . Jos Giovanni ralisera encore une dizaine de films. En octobre 1969 le ngatif du Deuxime souffle change de mains sans quil soit consult. Le ngatif est rachet pour une poigne de cerises par un grand nom du cinma, prsident de la cinmathque lpoque. Tant mieux pour lui. Les affaires sont les affaires. Mais les droits de mon roman Le deuxime souffle taient chus. Jesprais un appel de cet homme pour les prolonger. Silence. Et vente du film une chane de tlvision par ce ferrailleur de la pellicule. On achte pour rien, et on revend trs cher des droits quon na pas. Lauteur na plus qu danser devant le buffet . Pierre Bromberger, qui avait rcupr les droits de ce film parmi quelques autres en rachetant la socit de Charles Lombroso Productions Montaigne dsormais en faillite, sera contraint de transiger en 1987. Et Jos Giovanni rcupre ses droits dauteur. Retour 1966 : Laurent Ptin, lycen pensionnaire qui suit religieusement les conseils du critique Jean-Louis Bory, dcouvre le papier que celui-ci consacre au film de Melville le 16 novembre. Pas besoin dattendre pour savoir si un film vaudra le coup ou non. Les premires images, les premiers bruits surtout et lon est fix Ainsi Le deuxime souffle . Ds les premiers plans mlant ombres et brumes dans le pnible effort des petites heures de laube, ds les premiers bruits, on sait que Jean-Pierre Melville a gagn. Peu importe lhistoire quil va raconter : le cinma est l. Laurent Ptin se prcipite dans les salles. Cette histoire de parole donne, pour le fils dun hros discret de la deuxime guerre mondiale, est un choc, un merveillement dont il ne perdra jamais la trace. 2001 : ARP est depuis prs de 10 ans une socit de production et de distribution. Laurent se met rver dun nouveau Deuxime souffle . Il se renseigne et dcouvre que Jos Giovanni en a rcupr la proprit. Quelques mois plus tard, en fvrier 2001, la ralisatrice de notre prochaine production La repentie , nous parle de son dsir de confier le rle, muet mais intense, du pre de lhrone incarne par Isabelle Adjani Jos Giovanni. Laetitia Masson la vu la tlvision o il venait parler de Mon pre , son dernier long-mtrage. Elle a t sduite par son regard bleu tranchant, son visage indchiffrable, sa silhouette digne. Jos Giovanni raconte : Je connais Isabelle. Cest un rle muet, sur des regards. Reconnatre ou non ma fille qui revient, trop longtemps aprs son dpart. Lmotion. Une reconnaissance qui ne veut pas savouer. Je le fais .

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    Naturellement, le jour de sa scne, dbut juin, Laurent vient sur le plateau faire sa connaissance et lui parle de sa passion pour son Deuxime souffle . Jos Giovanni semble conquis. Le 17 avril 2002 La repentie sort au cinma. En mme temps parat Adjani aux pieds nus, le journal de la Repentie , dans lequel je raconte lhistoire de ce film et, paralllement, notre mtier de producteur. Je participe quelques missions tl et radios pour parler du livre, et notamment, un soir, sur Europe 1, une mission prsente par Daniel Shick aprs vingt-trois heures. Laurent maccompagne. Surprise : en arrivant au studio, on dcouvre, en face de Daniel Schick Jos Giovanni, venu prsenter son livre de Mmoires Mes grandes gueules . Sa femme Zazie est galement prsente. On sembrasse, on se ddicace mutuellement nos livres et on reparle du Deuxime Souffle . Relancez la machine, je voudrais vraiment que vous puissiez reprendre les droits . Zazie est tmoin des propos gnreux et amicaux de Jos Giovanni. Propos quil confirmera dans la lettre quil menvoie le 19 mai 2002 aprs avoir lu mon Journal de cinma : Que Laurent me tienne au courant pour Le deuxime souffle . Mais cette poque, nous menons de front deux productions ambitieuses, Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau, et M. Ibrahim et les fleurs du Coran de Franois Dupeyron. Durant les deux annes qui vont suivre Le deuxime souffle nest pas notre priorit. En Avril 2004, ARP est en plein tournage de sa nouvelle production Les mots bleus , une adaptation du roman de Dominique Mainard dont Alain Corneau a sign le scnario et la mise en scne. Le tournage est intense, comme le sujet. Cest sur le plateau que nous apprendrons la mort de Jos Giovanni, le 24 avril. Janvier 2005 : Alain Corneau, Nadine son pouse, Laurent, Jean-Pierre Vincent, lattach de presse du film et moi, sortons de la premire projection du film Les mots bleus organise pour la presse. Un dner en guise de dbriefing simpose. On parle du film, puis du cinma, de nos projets Alain nen na pas, pour limmdiat. Laurent linterroge : Mais pourquoi tu ne reviens pas au polar ? Cest ce que tu prfres, non ? . Alain Corneau hoche la tte, dsabus. Aujourdhui, les polars sont la proie des sries tl. Ce sont des polars ralistes, ancrs dans le quotidien. Moi, ce que jaime, cest les polars davant. Le milieu, les doulos, les gangsters Non, part refaire Le deuxime souffle , je ne vois pas. . - Tope l ! a fait 20 ans que jen rve. Oubli le dner. On rve jusqu pas dheures et on se met daccord sur une ide simple : il faut revenir au livre. Le lendemain, Corneau doit effectuer un long voyage en train. Il part avec un exemplaire du roman. Laurent ressort celui que Jos Giovanni nous avait offert durant le tournage de La repentie avec cette ddicace gnreuse : A vous deux, qui dfendez dans vos productions les vrais couleurs dun cinma franais bas sur de bonnes histoires et des acteurs sensibles . Et il ajoutait : De la page 31 36 se trouve la fameuse scne du commissaire Blot. 90% des dialogues du film sont dans le livre, et 100% des vnements . Car Giovanni a t toute sa vie bless que le film ait eu pour consquence de faire oublier son roman. Combien de fois na-t-il pas t dit que Melville aurait demand Michel Audiard dcrire la grande tirade de Blot alors quelle figure, la virgule prs, dans le livre dont Giovanni

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    est lunique auteur ? Comme Alain Corneau, nous relisons le livre, revoyons le film et parvenons ensemble la mme vidence : le film de Melville, ce chef-duvre, est une sublime version du livre, mais tout le livre nest pas dans le film de Melville. Il y a des pistes quil na pas explores. Le personnage de Manouche, dabord. Le livre la rvle. Cette femme est profondment amoureuse de Gu, mais elle nenvisagera jamais de vivre sans la protection dun homme. Cet amour quil partage est cependant condamn par Gu pour qui lthique passera toujours avant le reste, mme si dans le reste il y a lamour dune femme et la douceur dune vie commune. Le livre claire galement la complexit du commissaire Blot, personnage intgre et brillant dont le roman rvle la faille, la mort de son unique enfant, qui fait de lui un homme bris, donc invulnrable. Alain dcide de se lancer seul dans ladaptation Au moins pour une premire version, aprs, jaurai sans doute besoin de faire appel quelquun dautre . Timide Alain, tellement angoiss quil ne veut pas envisager ce que nous savons dj sa place : ce film, il en a tellement rv quil naura besoin de personne pour en crire le scnario. Mais nous prfrons lui laisser affronter ses doutes sans rien rpondre. Dernire interrogation que nous soulevons une bonne fois pour toutes, histoire de lui rgler son compte : faut-il garder lhistoire dans son poque, le dbut des annes 60, ou tenter de la transposer et la raconter de nos jours ? A lvidence, un changement dpoque est irraliste. Car cette faon de se comporter, ces codes, cette thique nont absolument plus cours aujourdhui, alors quils existaient encore du temps de Melville. Donc, plaquer cette histoire dans les annes 2000 sonnerait faux, fatalement. Autant laisser cette tragdie dans son jus originel. Oui, mais une condition : filmer lpoque vue daujourdhui. Avec tous les moyens les plus sophistiqus : utiliser des couleurs baroques et satures, filmer de longs plans-squence avec la fluidit que permet le steadycam, avoir recours la 3D, aux camras HD les plus performantes, par exemple, pour filmer les scnes de nuit, utiliser la Genesis employe par Michael Mann dans Collateral . Pas question de raconter cette histoire en noir et blanc, ni dans ce noir bleut tellement la mode ces dix dernires annes pour faire polar . Puisquil existe dj un film quasi parfait tirant vers lpure, il nous incombe de rinventer Le deuxime souffle , pour faire de cette tragdie intemporelle un film moderne. Les exemples de Gladiator et du Long dimanche de fianailles nous viennent lesprit. Ridley Scott na pas film la Rome antique comme elle nous tait montre dans Ben Hur . Jean-Pierre Jeunet na pas mis en scne les tranches comme lavait fait Stanley Kubrick dans Les sentiers de la gloire . A nous, donc, de trouver une nouvelle faon de regarder les codes et les modes du dbut des annes 60. De les moderniser et du coup, den renforcer le mythe. A nous dinventer, en toute libert, tout en respectant la lettre cette bonne histoire , ce baroud dhonneur entre morale et compromis, entre parole et trahison, entre seigneur et voyous Michle Halberstadt ALAIN CORNEAU Scnariste, ralisateur

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    D'abord musicien de jazz et cinphile la fois, il part New York aprs avoir tudi l'IDHEC. De retour en France, il travaille comme assistant ralisateur et ralise en 1973 son premier film France, socit anonyme , entre polar et science-fiction, avec Michel Bouquet. En 1976, il tourne avec Yves Montand et Simone Signoret Police Python 357 , et en 1977 La menace toujours avec Yves Montand. En 1979, c'est Srie noire , avec Patrick Dewaere et Marie Trintignant, puis en 1981 Le choix des armes avec Yves Montand, Catherine Deneuve et Grard Depardieu. Suivront : Fort Saganne et Le mme . En 1988, il change de registre et tourne au Pakistan Afghanistan, pays interdit avec Michel Blanc (pour la tlvision), puis en Inde Nocturne indien avec Jean-Hugues Anglade. En 1991, il ralise un film en costumes sur la musique baroque Tous les matins du monde qui runit Jean-Pierre Marielle et Grard Depardieu. En 1994, il voque ses rapports avec le jazz et l'Amrique dans Le nouveau monde , puis revient au polar, dans une veine raliste cette fois, avec Le cousin interprt par Alain Chabat et Patrick Timsit. Suivra une comdie d'aventure, en 2000, Le prince du pacifique , avec Thierry Lhermitte et Patrick Timsit. En 2002, il adapte le roman d'Amlie Nothomb Stupeur et tremblements sur la culture d'entreprise au Japon, avec Sylvie Testud qu'il retrouve en 2004 pour Les mots bleus adapt du roman de Dominique Mainard. INTERVIEW ALAIN CORNEAU Quand avez-vous rencontr Jos Giovanni la premire fois ?

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    Alain Corneau : Jtais premier assistant. Et il faisait un casting de techniciens. Je savais qui il tait, javais lu ses livres car jtais dj fan de polars. Ctait quelquun damical, avec un regard trs aigu, un visage lunaire. Il savait ce quil voulait. Il vous adoptait ou pas. Il tait franc, et modeste sur son mtier. Il voulait renouveler son quipe, trouver des plus jeunes, et il ma donn la libert de former une bonne partie de lquipe. Ctait un trs bon conteur de vraies histoires, il avait gard cet esprit taulard et nous les racontait le soir aprs le tournage. Jai rencontr sa femme, Zazie. Notre amiti est ne en cours de tournage. Il a y eu quelques scnes, des scnes de nuit, ou des intrieurs voiture, o il me disait : Je ne sais pas trs bien le mettre en place, quest-ce que tu penses ? . Et ctait un cadeau merveilleux pour moi. On na pas fait dautres films ensemble, je suis devenu metteur en scne, mais on se voyait rgulirement, pour le plaisir. Et Le deuxime souffle est rapidement devenu un sujet de conversation ? Alain Corneau : Pas tout de suite, on a abord le sujet quelques annes plus tard. On a dabord souvent parl du film de Melville, qui me fascinait. Lui refusait dadmettre que ctait un grand film, cause de tous les soucis quil avait eu avec Melville. Il reprochait au film de manquer doxygne, dtre dnu de sentiments, de ne pas faire passer lamiti quil y avait entre les gens. Cest vrai que, quand on connait Jos et quon voit Le trou de Becker, ou Classe tous risques de Sautet, on sent que ces films sont bien plus proches de Jos. Aprs avoir ralis Police Python et La menace , je cherchais des ides autour dhistoires fortes, comme celle du Deuxime souffle . Je nenvisageais pas du tout de le refaire, car pour moi ctait un univers davant, avec des postures morales qui taient devenues acadmiques. A cette poque, on navait plus envie de filmer des truands Pigalle. On voulait aller en banlieue. On voulait parler de ce tsunami social et littraire, politique et esthtique qua apport la drogue. Le milieu tait totalement dsorganis. Les gangsters navaient plus de morale. Avec Le choix des armes , jai eu lide dun trait dunion entre ces deux gnrations. Montand, incarnait un gangster lancienne, et Depardieu la nouvelle gnration. Au dpart, le film sappelait Abel le Cad et Mickey le dingue . Que pensait Giovanni de ces nouveaux polars ? Alain Corneau : Jos tant de la gnration davant, il se posait, et nous posait, beaucoup de questions. O sont les grands sentiments tragiques ? Comment sublimer tous ces personnages ? Grandir ces personnages, cela a fait son chemin dans ma tte. Je suis all la dcouverte des gens qui avaient ralis ce cinma l. Comme Grangier par exemple. Certains de ses films taient trs bons ! Il en pleurait quon puisse aimer ses films. a nous parlait beaucoup. Ce qui nous plaisait l dedans, ctait le retour un ralisme apparent des annes 50 et 60, son attachement tous les mtiers, et la figure de Gabin qui se promenait au milieu de tout a. Il avait une approche modeste et vivace des codes. On a rellement, srieusement, commenc parler de refaire le Deuxime souffle dans les annes 70-75 avec Jos, qui tait

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    plutt partant. On en parlait deux fois par an, chaque fois quon se voyait. Un jour jai dit : Allez, cette fois, je vais essayer . Jai gamberg, de faon incohrente. Fallait-il actualiser lintrigue ? Jai essay : cela partait en quenouilles Mais si je faisais un film dpoque, je courrais le risque quil soit dcoratif. Fallait-il le dlocaliser ? Jai rencontr des producteurs amricains, mais jai vite compris que cette histoire tait enracine dans notre culture. Et puis vous avez arrt de faire des polars Alain Corneau : Il y a eu une vritable dshrence du genre qui est arrive progressivement. La tlvision nous a submergs de feuilletons policiers avec des personnages audimats , donc dnus de doutes, plaqus dans des histoires sans radiographie sociale, sans tragdie, sans thique ni morale. Larrive de la gauche au pouvoir na rien arrang. Car du coup on perdait la charge politique qui nous motivait. Et les crivains se sont mis crire des romans militants clef politique, au dtriment de la construction de lhistoire et des personnages et avec un humour au huitime degr, inadaptable. Le film noir a cess dtre un genre collectif. Un cinma de genre a besoin de beaucoup de films pour voluer. En France, dun seul coup, on a cess den faire. Dans les annes 70, on a racont des polars du ct des flics, donc avec des personnages plongs dans une vision trs quotidienne, naturaliste, documentaire, sans marginalit glorieuse Cest cette poque que vous ralisez Le cousin Alain Corneau : Oui, parce que javais rencontr un ex-flic, Michel Alexandre, qui a co-crit le scnario avec moi, qui mavait racont la vraie vie des flics et leurs rapports avec leurs balances, qui taient des cousins , cest dire des membres de la famille, quon chouchoutait. Le flic devenait parfois truand, et le dealer parfois agissait comme un flic. Cela ma paru intressant mettre en scne. Mais ce film a choqu Jos. Cest un film amoral, vous tes devenus fous ! Quest-ce que cest que a, un polar o les gens nont pas de destin. Ce ne sont pas des hros, mais des raclures ! . Ayant ralis Srie noire bien avant, je ne pouvais pas tre tout fait daccord avec lui, mais ses arguments touchaient quelque chose de profond en moi. Le deuxime souffle , au fil des annes, se prcisait dans ma tte. Il manquait la mise feu, le dclic : ce fut la rencontre avec des producteurs qui avaient le mme rve que moi sans que je le sache, qui connaissaient Jos et en avaient parl avec luiIl y a eu ce dner o Laurent et Michle me disaient quil serait grand temps que je revienne au polar, et je leur expliquais tout ce que je viens de vous dire : la dshrence du genre, le manque de postures morales, de figures mythiques. Et je conclue en disant : A part refaire le deuxime souffle , je ne vois pas L-dessus, Laurent me tend la main : Tope l ! Cela fait vingt ans que jen rve . Le lendemain matin, je my suis plong.

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    En relisant le livre ? Alain Corneau : Bien entendu. Parce que, le temps de sen parler, durant toute une soire, toutes les conversations que javais eues avec Jos sur le sujet me sont revenues : garder lhistoire dans son poque, choisir Auteuil pour jouer Gu, raconter enfin lhistoire damour entre Gu et Manouche qui avait t escamote dans le Melville, ainsi que la faille de Blot, donc, le retour au livre simposait pour se dployer autrement. Et en le relisant, il y a plus de deux ans maintenant, jai redcouvert lextrme richesse des personnages et de sa construction. Il faut dire que ce livre est bluffant. On ouvre sur une vasion, un mec meurt, on arrive chez Manouche, un tireur meurt, et la mort de ce tireur va dterminer tout le reste : la mcanique tragique est dj en marche. Ensuite, Jos tait obsd par les balances. Et cest le personnage de Gu, un homme dune rigueur morale absolue, qui se fait piger et va finir par donner un nom et des infos. Giovanni a mis le poison chez le plus pur de tous ses personnages. Cest difficile de dpasser a. Il place Gu dans une situation inhumaine, qui va lemmener vers lexplosion finale. Et nous, on est avec lui, on sidentifie lui. Gu est-il bon ou mchant ? La question ne se pose pas, puisquon est ailleurs, dans le tragique. Il faut des personnages trs grands pour arriver ce niveau l. Pourquoi daprs vous Gu renonce-t-il tuer Jo Ricci avant de quitter Paris ? Alain Corneau : Ah, le fameux Fonce, jy vais pas , que Gu dit Alban... A la fois, je comprends ce qui se passe dans sa tte, et je ne le comprends toujours pas. Il a senti les flics, comme me laffirme Zazie Giovanni, ou il a eu peur ? Je ne sais pas, donc jai mis les deux dans la bouche de Blot : linstinct, ou la trouille. Cest symbolique de ce Gu, dont on ne sait jamais sil va sen sortir ou pas, y aller ou pas, sil a trouv son deuxime souffle ou pas. Lvasion de la prison et le train sont construits de la sorte : il va y arriver ou pas ? Devant chez Jo, il flanche. Mais aprs le casse, il redevient le Gu davant Et pourquoi se sert-il toujours du mme colt ? Alain Corneau : Cest un lment que Jos pose dans le roman, mais il ne lexplique pas. Est-ce qu lpoque du livre lanalyse balistique existait dj ce niveau l ? Jos dit que Gu est un homme perdu, et il en reste l. Moi, je prends le parti de dire que cest intentionnel. Lhomme perdu assume.

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    Jos Giovanni voulait que Daniel Auteuil joue Gu Alain Corneau : On avait parl dAuteuil avec Jos. Melville un moment donn avait voulu inverser la distribution, et que Paul Meurisse joue Gu, ce qui avait rendu Jos fou Lino Ventura et Jos taient des amis trs proches, mais Jos a toujours pens que Lino tait trop puissant pour incarner ce hros bout de souffle. Et il me disait que Daniel Auteuil tait plus proche de lhomme quil dcrit dans le livre : On me la montr, jai t du : on aurait dit un employ de banque. . Daniel Auteuil a le gabarit ncessaire au rle. Avec lge et lexprience, il est devenu plus mystrieux. Il a gagn en force, en charisme, mais il a gard un regard trs enfantin Comment avez-vous choisi votre casting ? Alain Corneau : Une fois le scnario crit, on sest dit, avec mes producteurs, que pour parvenir faire ce film, il nous faudrait des gros calibres, de pointures dacteurs. Alors, on a tablit une liste et on sest dit quelle ferait office de juge de paix. Si trois acteurs sur cinq disaient non, on ferait une croix sur le projet. Il fallait un accord viscral, profond, entre les acteurs et leurs rles. De ce point de vue, les comdiens sont de bons lecteurs. Lpoque, les codes de lpoque et du milieu, soit a leur parlait, soit pas du tout. Et bien ils ont tous les cinq eu un vrai dsir de lire ce scnario vite, et ils ont vite dit oui. On a envoy le scnario en premier Daniel, qui tait enthousiaste et ma fait cadeau de ces coups de fil comme on les aime, lacteur qui vous rveille sept heures du matin en vous disant : Je ne peux pas attendre pour te dire que jadore . A ce moment l, presque tout le travail est fait. Quand des acteurs ragissent comme a, et ils ont tous les cinq ragis comme a, cest quils ont dj le rle dans la main. Cest quelque chose de viscral. Cest bon signe. Sur le plateau, vous faisiez la mise en place avant dappeler les comdiens Alain Corneau : Cest la premire fois de ma carrire que jai organis les choses ainsi, et jignore encore pourquoi. Mais cela donnait un vrai confort aux acteurs, cela les rassurait. Leur prsence ne faisait que bonifier la mise en place. Donc, on a fait peu de rptitions et peu de prises. De toute faon, dans un film de genre, on sait tout de suite que la prise est bonne. Il faut tre modeste par rapport au genre, sinon on tombe dans lesthtisme. Et il faut aussi se souvenir que le genre passe aprs lhistoire, qui en loccurrence est incroyablement solide. Et comme javais un casting vraiment juste, les choses taient vite videntes. On fait une prise pour se chauffer, et la deuxime est souvent la bonne. On en fait trois ou quatre sil y a eu un truc rat, un problme technique, un mot quon na pas bien compris Clint Eastwood est lcole de la premire prise. Moi, je dirais que cela dpend des films. Parfois la direction a besoin dtre plus incertaine. Mais, sur ce plateau,

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    multiplier les prises, cela aurait puis les acteurs pour rien. De toute faon, ds la mise en place, on voyait bien quand la camra navait pas sa bonne place. Ctait un tournage intense, mais pas fatiguant. Je nai pas ressenti ce creux quon prouve la troisime semaine de tournage, je ntais pas fatigu les dernires semaines. On tait dedans, on sentait quon tenait quelque chose, on tait trs concentr, et les acteurs carburaient tous.

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    Chaque cadre est intressant, mais sans jamais tre frimeur Alain Corneau : Parce que chaque cadre est au service de laction. Jai veill ce que les cadres soient la fois justes et inattendus. Je nai pas cherch dcorer lhistoire, mais la raconter le mieux possible. Ce film raconte une tragdie, il y avait donc une liturgie trouver. Javais deux gardes fous. Le premier : fuir le naturalisme, sortir de la ralit, en crer une qui nappartienne quau film. Le second : ne jamais devenir solennel, ni thtral. Cest un mlange excitant, qui dbouche sur le lyrisme, et on le sent tout de suite sur le plateau. Il fallait crer le temps et la ralit du film. On est au dbut des annes soixante, on voulait fuir les couleurs typiques du genre, c'est--dire le noir et blanc ou le bleu acier froid. En prparation, je rptais lquipe : Oubliez votre bon got, fuyez les camaeux de gris et de beige ! . Il y a quelques scnes daction que vous avez filmes au ralenti Alain Corneau : Je pensais, lcriture, que seul la mort de Gu serait au ralenti. A la prparation, on a volu l-dessus. Jai intoxiqu lquipe de cinma asiatique. Il nous a appris chorgraphier la mort et la violence. La mort de Gu, on la film cent vingt images/ seconde, ce qui est beaucoup. Le ralenti, cest quelque chose dorganique, de viscral. Le rsultat est certes esthtisant. Mais cest devenu un mode visuel narratif comme un autre. Vous savez le culte que je porte Sam Peckinpah Il a port le montage des ralentis un point dexcellence. Il tait incroyablement virtuose dans ces mosaques trs modernes. Pour ce film, vous avez travaill avec des acteurs nouveaux dans votre troupe Alain Corneau : Il fallait une troupe la mesure de ce film. Personnellement, javais une longue histoire de ratage avec Daniel. Mais on a bien fait dattendre Daniel est tellement mobilis, prcis, concentr, cest un cadeau perptuel. Avec ce film, il a franchi un cap. Il dit quaprs Ugolin, Gu est une nouvelle tape dans sa carrire. On sent, mme si chaque film est important, quand on franchit une marche. Sur ce film, jai retrouv Michel Blanc qui, au fil des annes, na fait que senrichir. Comme Daniel Auteuil, Michel est un grand acteur de comdie qui joue totalement la situation. Il fait rire parce quil est dsespr. Donc, forcment cest un grand acteur dans la tragdie aussi. Il est trs grand. Avec Jacques Dutronc, cest une grande histoire damour. On sest tout de suite plu, ds notre premire rencontre en Corse. On tait dans le jardin. Jai pos le scnario devant lui, et je lui ai dit : Tu nas pas besoin de lire, le vent tourne les pages pour toi . Ajoutez cela le fait quil ait eu une Bentley dans sa jeunesse Jacques est un vrai dandy. Il veut toujours avoir lair de rien faire, mais il bosse, il est hyper

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    concentr, il sait son texte au cordeau, et il ngocie les phrases de dialogue comme un musicien, avec une finesse, une prcision, une motion Il compose un Orloff magnifique. Monica, cela aurait t compliqu de pas lavoir. Cest elle qui a eu lide dtre blonde, et elle avait raison, tant sur lpoque que sur le personnage. Jtais ravi quelle ait eu cette ide, parce que cela me montrait quelle tait dj dedans, dans le film et dans le rle. Monica a la capacit trs rare dexprimer ses sentiments en toute libert. Elle sait faire surgir dun coup le peu ou le trop-plein dmotions. Elle apporte une lgance, une simplicit, elle est lumineuse, et plus que belle. La blondeur la rend encore plus charnelle, pulpeuse, et mythologique. La blondeur renvoie aux codes, comme la cigarette, les robes ajustes. Comment avez-vous pens Cantona ? Alain Corneau : Alban, ctait le plus compliqu trouver Alban sort de son village corse. Cest un enfant, une tombe, il est dune dvotion sincre et totale. Il ne faut pas le jouer en faisant des efforts pour rentrer dans sa peau. Cest difficile davoir ce ct dune seule pice. Un matin, jai pens Eric, et aussitt, cela ma paru vident. Aprs avoir lu le scnario, il ma rpondu une phrase quAlban aurait pu dire : Je pense que jaimerais dfendre ce personnage . Eric, il sort des pages du livre. Alban, cest lui. Eric appartient au monde de Jos. Ils se seraient renifls comme tant des frres. Il est un grand comdien, il a la modestie, le doute des grands. Gilbert Melki tait rticent sur le rle parce quil trouvait quil navait pas beaucoup de scnes dfendre. Je lai persuad, et heureusement, car plus il est salaud, plus il est drle. Entre Gu et Jo, il mest apparu au montage que Gu cristallise sa fureur sur Jo, comme sil tait le symbole de tout ce qui ne va plus sur terre. Tout a, cest la faute de Jo Cest le jeu de Melki qui a impos a. Nicolas Duvauchelle incarne celui en qui Gu se reconnat. Nicolas incarne le genre de personnage autour duquel jai tourn dans mes films prcdents. Cest un type daujourdhui, il est pour Auteuil ce qutait Depardieu pour Montand. Les motards, cest nous et personne dautre . Ils sont amis dans le mal absolu. Il y a entre eux un lien trs fort qui va se retourner la fin. Le fils voudra tuer le pre. Antoine en sembarquant avec Jo devient lennemi direct de Gu. Jai accentu cela par rapport au livre. Gu sait quen tuant Antoine, il se tue lui-mme, ce crime marque sa fin, il tue son fils et avec lui sa dernire chance. Cest aussi la premire fois que vous collaborez avec Bruno Coulais Alain Corneau : Javais trs envie de le rencontrer, notamment cause des Rivires pourpres , de ses talents symphoniques, de ses polyphonies corses. On sest dcouvert un amour commun pour Howard Shore Je savais que sur ce film il me faudrait un compositeur unique, aux commandes de tout le film. Il a compris trs vite le style du film. Ds sa premire maquette, tout tait l : lunivers en suspension, purement tragique, dramatique, une musique jamais synchrone avec limage dans le sens direct du terme, qui donnerait aux

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    images loxygne ncessaire. Jai pu faire tout le montage avec ses maquettes. Mme sil fait trs bien des compositions lgres comme Les choristes , il a un univers tragique en lui, sans dsespoir, avec toujours un sentiment dhumanit. Que pensez-vous du film ? Alain Corneau : Je suis incapable dtre spectateur dun film que je fais Au montage jai eu des bonnes surprises sur des intentions trs formalises de tournage, jai vu en les montant quelles fonctionnaient et surtout, jai t admiratif de la continuit narrative des acteurs dans leur jeu. Daniel russit des tours dcrou o il est de plus en plus lui-mme ou de moins en moins Je serais trs content qu travers ce film on rende enfin justice au talent de Jos. Les thmes quon dit Melvilliens sont ports cette incandescence par lui. Que ce soit Le trou , Classe tous risques ou Le deuxime souffle raliss par trois metteurs en scne trs diffrents, lunivers est homogne, il vient de ses livres. Ce titre le deuxime souffle prend tout son sens quand on connait la vie de Jos Giovanni Alain Corneau : Oui, car Jos a eu deux vies, la taule puis la rdemption. Et cette rdemption a pu exister cause de son pass. Ce pass est devenu sa richesse Et la ntre aujourdhui. INTERVIEW DANIEL AUTEUIL Alain Corneau raconte que vous lavez rveill sept heures du matin, pour lui dire votre enthousiasme Daniel Auteuil : Ds la lecture, je me suis dit que ce rle, ce scnario, cette aventure taient un cadeau. Cest une histoire magnifique, une grande tragdie intemporelle, un rle mythique autant pour un acteur que pour un spectateur : chacun veut jouer ou tre Gu Quest-ce qui rend ce rle mythique ?

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    Daniel Auteuil : Le fait que, quand Gu svade, aprs un bon nombre dannes en prison, il soit autant dcal dans son poque. Il est moralement dphas. Il croit encore, en tant que gangster, au respect de la parole donne et dune certaine hirarchie. Attention, je ne dis pas que la parole donne soit une affaire dpoque. La parole est indispensable quelque soit lpoque et la profession. Chacun a le choix entre tre un homme ou tre une lope Mais Gu est dcal. Quand il svade, il dcouvre que son monde a chang, que tous nappliquent plus les mmes rgles. Heureusement lamiti, autre valeur fondamentale, est toujours l. Gu a encore des amis. Jos Giovanni aimait citer cette phrase connue chez les gangsters : Si tu as deux amis, cest deux de plus que tout le monde Daniel Auteuil : En fait, tant que ces types occupent un rang et sont craints, ils sont trs entours, ils ont plein damis. Gu a la chance de retrouver sa sortie de prison, un bon rseau damis qui occupent encore la place. Comment se prpare-t-on au rle de Gu ? Daniel Auteuil : Le scnario tant trs proche de lesprit du livre de Giovanni, pour ne pas trop relire le scnario, jai beaucoup lu le livre. Je me suis imprgn de ces gens, de cette poque, des dialogues et des descriptions de Giovanni. a, cest pour avant. Parce que l, quand je joue, je ne sais pas. Quand je tourne, je suis lcoute des autres, je mimprgne de tout ce qui se passe : le jeu avec mes partenaires, le rapport avec le metteur en scne, mais aussi les dcors, les lumires, latmosphre de la scne. Je suis dans une sorte de flottement, je sens que tout est en place, je ne suis pas dans la psychanalyse ou la rflexion, je suis uniquement dans laction, surtout pour ce rle. Ce qui nous entoure est suffisamment fort pour tre dans leuphorie, lexcitation, le plaisir, la jubilation de ltat de jeu. Je retrouve des sensations denfant de cinq ans Cela tombe bien pour jouer Gu, qui a quelque chose denfantin, il a une vision assez manichenne et enfantine de la vie, comme souvent chez ce type de gangsters. Ils sont axs sur les objets, les revolvers, les voitures, le look, les accessoires. Et puis il y a cette part dintense adrnaline quon ressent quand on va faire un coup, qui est un refus de la ralit, du quotidien. Quel genre de rapport ont Gu et Orloff selon vous ? Daniel Auteuil : Ils ont en commun un certain art de faire. Chacun est un seigneur dans sa catgorie et tous deux sen souviennent. Il y a entre eux une admiration rciproque. En plus, ils ont les mmes gots Il y a aussi de ladmiration entre Gu et Blot. Bien sr, Blot ne rve

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    pas un instant dtre Gu, mais souvent chacun admire les coups de lautre, comme cela peut tre le cas entre la proie et le chasseur. Chacun surprend lautre. Une chose les spare : Blot parle beaucoup, on dirait presque quil scoute parler, alors quil y a une grande conomie de mots chez Gu Daniel Auteuil : Blot fait des tirades, des monologues, tandis que Gu choisit ses mots avec une trs grande prcision. Chaque mot de lui, cest de la nitroglycrine. Gu est un homme intense, trs tendu. Il a du poids et use des mots avec beaucoup de parcimonie et de justesse, dans un vocabulaire trs typ de son milieu. Il y a des images trs fortes dans ses mots. Cest un plaisir pour un acteur davoir sa disposition comme outils ces pierres prhistoriques forges dans cette langue-l. Cest du vrai travail dartisan. Il ny a plus qu les dire, ces mots. Ils sont tellement justes

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    Gu parle peu, et pourtant il va se faire piger et se mettre parler Daniel Auteuil : Peut-tre que ce sont les autres qui ont raison, peut-tre quil est trop vieux. Moi, je pense que, vingt ans plus tt, il aurait senti le pige quon lui tendait. Dans laction, comme dans linstinct, il a vieilli. Mais attention : il ragit. Son deuxime souffle, cest sa renaissance, aprs le casse il refait le beau, il se sent beau. Et puis, il est aid, il a de la chance. Ses deux amis sont les bons amis avoir. Manouche reprsente la fois sa chance et sa perte. Sans elle, il naurait peut-tre pas jug utile de participer au casse. Il le fait, pour ne pas partir avec son argent elle et cest normal, il agit en fonction de sa dignit dhomme, de son honneur. Ce film, cest lhistoire dun homme qui suit son destin. Cest inluctable. Ces destins l, en tant que spectateur, a me rend malade, a me ptrifie. Cest terrible de regarder et de sidentifier quelquun que rien ne peut arrter, que rien ne peut dvier, mme pas lamour dune femme exceptionnelle. Gu na recours son instinct de survie que pour sauver son honneur, mais pas sa vie. Cest magnifique, et cest ce qui le rend trs bouleversant. Pourquoi selon vous utilise-t-il toujours la mme arme ? Daniel Auteuil : Je crois quil a dcid avant tout le monde que ctait cuit, donc il avance visage dcouvert pour signer la mort des autres. Je dis mort, je nai pas dit meurtre ni crime, moi je ne peux pas, pour moi Gu cest un chevalier Il signe sa vengeance. De toute faon, il sest jur quil ne retournera jamais en tle, donc il na rien perdre. Enfin, vous tournez un film sous la direction dAlain Corneau Daniel Auteuil : Cela faisait 16 ans, depuis 1990, quon essayait de travailler ensemble. Il y a eu trois tentatives. La quatrime est la bonne, et vu ce quon est en train de faire ensemble, je me dis quon a bien fait dattendre... Alain, il a une qualit que trs peu ont encore, cest une volont de traiter les sujets, le tournage, laventure avec une extrme rigueur chaque niveau et chaque tape, que ce soit dans lcriture, le choix du casting, la prparation. Mais il fait tout a avec une jubilation enfantine. Et le tournage est trs agrable cause de cette jubilation denfance, et de son rapport trs ouvert aux autres. Cest un tournage qui nous glisse entre les doigts comme des semaines de vacances. Cest franchement assez exceptionnel. Cela tient beaucoup lui. Moi, quand jarrive sur un film, je ne veux rien savoir davance, je ne veux pas connatre les dcors par exemple. Pour viter toute forme dennui, je nanticipe pas. Je sais trs bien vivre linstant prsent, et en profiter pleinement car par dfinition, cet instant passe trs vite. Je suis trs spectateur de tout, et donc, trs pat par la constance de lnergie, du plaisir et de la qualit des relations humaines sur ce tournage. Vraiment trs pat. Et chaque jour on se nourrit aussi de a. On est forts de nous-mmes.

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    Parlons de vos partenaires. Vous aviez dj tourn avec Monica Bellucci. Quest-ce qui la caractrise, et je ne parle pas de son physique Daniel Auteuil : Mais son physique compte aussi... Monica est une partenaire exceptionnelle pour un acteur, car elle donne demble ce que lautre attend delle. On nest jamais du par elle. Elle est trs gnreuse dans son jeu, elle donne des motions. En plus, humainement, cest une fille que jaime beaucoup. Cest la premire fois que je joue avec Jacques Dutronc. Il est tout fait exceptionnellement patant dans ce personnage de gangster un peu dcal, solitaire, qui a ses rgles bien lui. Contrairement Gu, il a un instinct de conservation trs aigu... Jaime aussi la relation entre Orloff et Manouche. Elle a un instinct de survie mille fois plus dvelopp que quiconque. On sent quelle ne sera plus jamais pauvre, ni seule. Sans a, elle ne peut pas vivre. Elle commence veuve, puis avec Gu, et finira avec Orloff avec la bndiction de Gu quelle aime vraiment. Cest une grande et belle histoire damour entre elle et Gu. Et Orloff est fascin par elle. Je crois que cest peut-tre la premire fois quil tombe amoureux. Tandis que Blot, qui a le sens des ralits, a un intense bguin lucide pour Manouche. Dutronc incarne un homme droit, solitaire, mais une sorte darbitre, tandis que Michel Blanc joue un personnage bien plus opaque, qui porte un regard trs pointu et perant sur les personnages qui lentourent. Quel bon casting Parmi les scnes que vous avez dj tournes, lesquelles vous ont le plus marqu ? Daniel Auteuil : Honntement, jai tout oubli de ce quon a dj fait. Je suis dans linstant, jengloutis les actions, les motions. Il ny a pas une scne qui ne soit jubilatoire, de part la construction du scnario. Rendez-vous compte : il ny a aucune scne dexposition, on est vif chaque jour. Cest un plaisir denfant. Chaque jour quand je joue, jai 10 ans ! Je retrouve le mme tat de jeu que quand jtais petit, quand je tirais avec les doigts en faisant le bruit de la balle. Mais quand on tait celui qui tait tu, cela faisait aussi mal Etre acteur, cest totalement li lenfance. Les hommes sont fait de cette multiplicit, on est dix mille choses, bon, mauvais, salaud, hros Ce mtier maide assumer a. Il maide ne pas devenir dingue avec a Vous ntes pas tent par la mise en scne ?

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    Daniel Auteuil : Je nai aucune envie de mettre en scne. Dabord, jai la chance davoir de grands metteurs en scne qui me demandent, donc je nai aucune frustration, et je me sens crateur dans mon mtier dacteur. Si jtais derrire la camra, je ne saurais pas o la placer. En revanche, quand je suis devant, si elle est mal place, je le sens tout de suite. Je sais o est ma place

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    INTERVIEW MONICA BELLUCCI Vous avez accept le rle aussitt aprs avoir lu le scnario Monica Bellucci : Bien sr ! Dabord, le scnario tait impressionnant. Et puis javais trs envie de travailler avec Alain Corneau, je rvais dtre sur un plateau avec lui, et javais raison den rver : chaque jour pass avec lui est une leon de cinma. Pour une italienne, jouer dans un film franais de cette ambition, cest une chance incroyable. Et puis Manouche est une femme incroyable. Dcrivez-nous Manouche comme vous la voyez Monica Bellucci : Manouche reprsente une poque o les femmes avaient une manire dtre trs diffrente. Elle vient de la rue, mais elle sest reconstruite. Elle voulait appartenir une autre classe sociale. Elle est devenue riche, elle incarne une bourgeoise, mais sa vraie nature est reste celle dune gitane. Cest a Manouche : une surface lgante, qui cache une nature sauvage. Cette double personnalit est trs intressante jouer. Manouche est ne parmi les gangsters. Leur monde est le seul quelle connait. Le premier homme de sa vie, Paul, elle le rencontre 16 ans, et il la surnomme Manouche parce quelle aime danser et porter des couleurs vives. Cette ralit des gangsters, ce monde cruel et violent, elle le connat par cur, elle en respecte les rgles et les principes. Derrire son image lisse et pose, on sent quelle tire les ficelles Monica Bellucci : En cela, elle est une vraie hrone de film noir, c'est--dire un univers dhommes perturbs par la prsence dune femme. On pense que les hommes dictent les rgles, mais derrire chaque homme il y a une femme, et derrire Gu, il y a Manouche. Elle sait que cet homme est vou une tragdie dont mme elle ne peut pas le sauver. Elle essaye de lutter contre ce destin, car cest une femme qui amne la lumire. Mais autour delle le destin est dj crit. Elle lutte pour sauver Gu, mme si elle sait quil est destin la mort. Et en essayant dchapper cette tragdie, elle aussi trouvera peut-tre son deuxime souffle. Vous avez voulu que Manouche soit blonde

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    Monica Bellucci : Trouver le physique dun rle aide beaucoup le construire. Aprs avoir lu le scnario, jai pens aux actrices franaises de cette poque, fin 50, dbut 60, qui mont inspires : Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, cette poque o les femmes avaient un corps trs dessin, et des cheveux blonds. Et soudain cest devenu une vidence : voil, Manouche est blonde. A lpoque, limaginaire de la fminit passait par la blondeur. Une blondeur avec des racines un peu fonces, car ce nest pas sa vraie couleur. Elle sest faite blonde, cela fait partie de limage quelle sest construite pour se sauver, pour devenir autre chose quune fille de la rue. Cette femme blonde et lgante quelle devient est une image qui la protge et lui donne une apparence bourgeoise, ce quelle nest pas du tout. Et Alain Corneau a t difficile convaincre ? Monica Bellucci : Pas du tout. Il ma fait confiance, on a fait des essais. Cette Manouche blonde perche sur ses talons, avec son maquillage soign, ses robes ajustes, elle a t l tout de suite... Cest dailleurs rare un metteur en scne qui sintresse autant la faon dont on construit physiquement son personnage. Il sest beaucoup intress la construction physique de Manouche, il tait trs prsent la prparation du personnage : cheveux, maquillage, costumes. De toute faon, il est trs attentif tout Manouche, cest aussi une grande amoureuse Monica Bellucci : Dans ce monde violent qui est le sien, elle sait mentir si cest ncessaire, mais surtout elle sait aimer et elle est prte se sacrifier pour son amour. Elle peut avoir une vraie violence, elle peut baratiner les autres, mais elle est trs honnte envers les sentiments que Gu lui inspire. Je crois quau fond, elle a toujours su quelle laimait. Quand elle apprend son vasion, on sent quelle est bouleverse. Dans le livre, on dit quelle tait attire par lui ds leur premire rencontre, mais lpoque, elle est avec Paul et lui reste fidle. Mme si Gu nest pas ce quon appelle un bel homme, elle est attire par sa force morale. Elle sent quil pourrait la protger. Lattraction physique est trs forte entre eux, car Manouche est une sensuelle, une charnelle. Donc, elle est attire physiquement, et moralement. Cest une belle histoire entre deux adultes lucides. Ils viennent de loin, chacun. Elle a vu beaucoup de gens mourir autour delle. Elle a appris se dfendre. Mais elle ne peut exister que si elle a un homme ses cts, car elle a besoin dune protection dans ce milieu. Quand elle comprend quavec Gu, elle va vers sa mort, quand elle comprend quelle ne peut plus rien faire pour lui, alors son instinct animal la pousse vers Orloff. Cest la loi de la jungle. Manouche a un instinct trs sr et un attachement la vie trs profond. Elle veut essayer de vivre le plus longtemps possible. Orloff sera son deuxime souffle, sa dernire chance. Vous tes bien entoure dans le film

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    Monica Bellucci : Jai bien conscience que jai la chance de jouer avec la crme du cinma franais. Ces acteurs l taient des annes lumire de moi il y a encore peu de temps. Jouer avec eux rend votre travail trs facile, car ils sont une source dinspiration constante quand ils jouent face vous, leur jeu est simple et naturel, ce nest pas du tout paralysant, bien au contraire, cela minspire, cela me donne envie de me dpasser. En plus, ces hommes l ont dans la vie un charme fou. Ils ont un regard, une masculinit, mais aussi la fragilit quont les grands acteurs. Quand ils jouent, on dirait que rien nest crit, queux mme inventent les mots et du coup les mots nont plus de poids. On joue, mais on croit tellement ce qui se passe entre nous quon ne sent plus le jeu. Latmosphre nest pas tendue sur le plateau Monica Bellucci : Cest un plateau o chacun est trs concentr. Et nous on se sent choy car Alain Corneau protge ses acteurs. Son amour pour le cinma se traduit au quotidien par un respect pour nous, il nous soigne, il nous protge. On se sent aim et respect, cest un plaisir. On travaille tous, acteurs et quipe, dans une grande concentration, il ny aucune perte de temps. Chacun est dtendu parce que chacun est sa place, la connait, et la tient. Alain Corneau fait peu de prises, ou, plus exactement, il fait toutes celles dont il a besoin jusqu ce quil ait la bonne. Quand il la, il le sait, il le dit et il passe la suivante. On sent son exprience. Dans ces conditions, cest difficile de se tromper, mais si on se trompe, il est l, il voit tout, et a ma donn confiance de savoir que si je trbuchais, il serait l pour me rattraper.

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    Que pensez-vous des partis-pris esthtiques du film ? Monica Bellucci : Raliser un film qui soit en mme temps moderne et intemporel, bouleverser les couleurs du genre pour le mythifier, faire rentrer linfluence asiatique dans le film noir franais, a me plait normment. Je trouve cela trs intelligent. Avec Bertrand Blier jincarnais une femme sublime, tandis quici, je suis loppos. Manouche est une femme trs relle. Et comment vous sentez-vous en blonde ? Monica Bellucci : L, maintenant, je SUIS blonde. Le premier jour, javais peur, je voulais que tous y croient sur le plateau. Aussi, il fallait crer cette blondeur, trouver la lumire et la couleur de teint qui allait avec la blondeur. Maintenant, quand je vais redevenir brune, a va tre un choc pour moi

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    INTERVIEW MICHEL BLANC Il est trs atypique, ce commissaire Blot Michel Blanc : Cest quelquun qui cache, derrire un cot un peu thtral et un humour froid, une grande blessure. Il sexprime trs bien. Il est prolixe, mais jamais condescendant. Cela se voit, par exemple, dans sa faon dapprendre le mtier son adjoint : il le titille par jeu, mais il na jamais de mpris pour lui. Il nen na pas non plus envers les truands Michel Blanc : Non, il les connait trop bien Il a une sorte dintimit avec les truands, cest un monde quil connait parfaitement, et il sait comment jouer avec eux, comme un chat avec des souris. Par exemple, dans la scne o il va voir Jo Ricci dans son bar, il est trs tortueux avec lui. Ou aussi la scne chez Manouche, quand il explique ses collgues quil est inutile dinterroger les prsents, puisque personne naura rien vu. Cest une faon de dire ces truands : allez, ne nous prenez pas pour des idiots, on a compris, donc on ne va mme pas vous poser des questions, faut pas me la faire, et au passage, je vais un peu me payer votre tte Non, pour revenir la question, le seul pour lequel Blot a du mpris, cest Fardiano, parce que cest un flic pourri, qui emploie de sales mthodes, et cela entache lhonneur de Blot. Est-ce quon peut dire que Blot a du respect pour Gu ? Michel Blanc : Oui, et ce respect est mutuel. Par exemple, la fin, Gu attend que Blot sorte de son champ daction pour commencer la fusillade. Et Blot essaye de convaincre Gu de ne pas se lancer dans ce baroud dhonneur suicidaire. Blot est l pour empcher les truands de nuire, il est mme capable duser de moyens un peu machiavliques, mais il respecte Gu, mme quand il le pige. Cest son adversaire, il veut lavoir, mais sans lhumilier. Blot donnera le carnet de Gu pour lui rendre son honneur, il est en quelque sorte son excuteur testamentaire : il exauce son ultime volont. Il est respectueux de ce que Gu a de beau. Blot apprcie aussi beaucoup Manouche Michel Blanc : Il est touch par elle. Et la fin du film, il choisit de sauver son avenir. Il lui ment pour laider passer une autre vie

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    Dans Monsieur Hire de Patrice Leconte, vous endossiez le rle tenu par Michel Simon dans le film de Duvivier. L, vous reprenez le rle tenu par Paul Meurisse Michel Blanc : Et dans les deux cas, jai dcid de ne pas y penser. Chaque ralisateur apporte un nouveau regard, donc il faut sen tenir au scnario. Et comme Alain Corneau a choisi de retourner aux sources, c'est--dire au roman de Jos Giovanni, jai la chance davoir jouer la blessure de Blot, cette faille quil porte en lui et quil rvle au dtour dune scne. Cela change tout. Cet homme a de laisance, de lassurance, mais au fond de lui quelque chose est dfinitivement bris. Son brio est un vernis, il faut quon sente quil pourrait craquer tout moment. Donc mon Blot est plus roublard, moins monolithique. Il a la cinquantaine, comme moi, donc, comme moi, il porte des lunettes et celles-ci sont dpoque. Elles tombent plus bas sur les paupires, cest comme le costume, cela aide se tenir autrement. L, jai quasiment tout le temps un chapeau, que je ne retire jamais devant les truands. Tout cela vous plonge dans une forme dinconfort qui peut vous aider jouer. Par exemple, le col dur de la chemise fait quon se tient plus droit, a participe lattitude un peu hautaine du personnage. Vous aviez dj tourn avec Alain Corneau une fiction au Pakistan Michel Blanc : Et ce ft une aventure incroyable, assez limite, car on tournait la frontire afghane, ctait chaud et on a tous les deux gard un souvenir trs fort de cette aventure l. Javais trs envie de retravailler avec lui, parce quil sait vraiment ce quil veut. Les metteurs en scne ne sont pas tous comme a En plus il est dune culture extraordinaire, il en connait autant en musique quen cinma. Cest un homme subtil, exigeant, toujours la recherche de la vrit du personnage et de la situation. On se sent port par lui. Il a une manire de dire peu qui en dit long On stait parl du personnage avant le tournage. Il voulait quon sente la brisure interne du personnage, et je lai construit dans ce sens. Il corrige ce qui ne va pas sans bavardage inutile, sans prise de tte. Il nest pas du genre vous raconter que le personnage est tomb dune chelle rouge quand il avait trois ans Comment avez-vous travaill pour retenir ces longues tirades ? Michel Blanc : Il y a une seule mthode pour retenir son texte : sy prendre lavance ! Pour un tournage en novembre, jai commenc apprendre mes dialogues en aot. Blot narrte pas de parler. Alors, pour lui apporter de la subtilit, le nuancer, il faut maitriser le texte cent pour cent. Il faut toujours viter de devenir mcanique afin de laisser venir les choses et laisser au texte le temps dinfuser en vous. Le

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    travail, cest ce qui rend ce mtier passionnant, cest plus enrichissant de connatre son texte, de lavoir absorb, den faire un prolongement de vous, que dapprendre ses dialogues au maquillage Cest un artisanat, le mtier dacteur. Comme Daniel Auteuil, que vous aviez mis en scne dans Mauvaise passe , vous avez dabord t reconnu pour vos talents de comdie Michel Blanc : Oui, mais Daniel a une dimension de sducteur qui lui a permis de passer plus vite dun emploi comique des rles plus dramatiques. Moi, avec Monsieur Hire , je suis pass des comiques aux timbrs et lentement, jai volu jusqu incarner des gens normaux. Avec le temps on volue aussi. Je suis plus laise, jai gagn en paisseur, en patine. Il y a quelques annes, jaurais jou un Blot plus sur le dsquilibre et la fragilit, je laurais sans doute rendu trop nvrotique. Cette anne, jai incarn tous les genres de rles, jai eu la chance de sortir dun emploi trop prcis. Pour en revenir Daniel Auteuil, nous navons que deux scnes ensemble, dont une o il est cribl de balles Il a une vraie violence en lui, on croit tout fait au tueur quil incarne. On sent que Gu est dangereux, alors que ce nest pas du tout ce que Daniel dgage dans la vie. Il parvient dans ce rle trouver en lui des montes en puissance, en violence, il est capable dune rage effrayante.

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    Vous naviez jamais travaill avec Monica Bellucci ni avec Eric Cantona Michel Blanc : La premire scne quon a tourne ensemble Monica et moi est celle qui se droule dans mon bureau. Cest une scne intressante, Blot lui parle avec une grande sincrit. Et Monica ma beaucoup donn dans cette scne, un vrai regard, bien au del de la justesse. Il mane delle quand elle joue une profonde et sincre gnrosit. Elle dgage quelque chose de rayonnant qui vous aide jouer. Quand Cantona, il a une stature phnomnale. Il est formidable comme acteur, il a un regard Cest norme ce quon reoit quand on joue avec lui. Et cest un tre adorable dans la vie, attentif, chaleureux, presque timide Notre scne ensemble dans la voiture, cest une ide formidable dAlain Corneau. On ne pouvait pas marcher lun ct de lautre, il est si grand, des talonnettes ne mauraient pas suffi, il maurait fallu une table ! Et du coup, cela devient une scne surprenante, dans laquelle je le cuisine sans le laisser lire sur mon visage, puisquil est assis derrire moi. Cest aussi cela lart de la mise en scne

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    INTERVIEW JACQUES DUTRONC Orloff semble tout savoir sur tout le monde, et il ne dvoile rien sur lui Jacques Dutronc : Lge lui a appris des choses. Il a sans doute un pass assez lourd, mais il a une certaine lgance dans ses dlits, et une instruction plus leve que dautres. Il est trs fidle en amiti. Pourquoi on le respecte ? Je lignore, mais jouer cest tant mieux ! On ne va jamais chez Orloff, on ne sait pas o il habite, on sait peu de choses sur lui et cest bien ainsi. Il faut laisser aux spectateurs leur petite part dcriture mentale Vous tes vous interrog sur le lien, le pass quil a avec Gu ? Jacques Dutronc : Je ne cherche pas connaitre les coulisses, le pass dun rle. a ne me fait pas avancer dans le jeu. Je prfre minspirer de que je ressens, une fois en costume, dans le dcor, avec les autres. Orloff apprcie Gu parce que cest un vrai, un pur, pas une lope. En plus, sa fiance est belle Orloff refuse de tuer. Parce quil la fait et le regrette, ou parce quil ne la jamais fait ? Jacques Dutronc : Je prfrerais quil soit spcialis dans les casses bien gambergs, sans avoir jamais eu provoquer la moindre effusion de sang. Orloff est plutt du genre ne pas tuer uniquement pour toucher un magot. Il y a deux catgories de voyous. Ceux qui ont une morale et pas de scrupules et ceux qui ont des scrupules, mais aucune morale. Orloff navigue entre les deux, tout dpend de qui il a en face. Je dirais quil a une morale et pas de scrupules. Mais jusquo va la morale ???

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    Vous avez tout de suite eu envie de jouer dans ce film ? Jacques Dutronc : Giovanni par Corneau, franchement, qui hsiterait ? Javais rencontr Jos Giovanni. Un type formidable. Tout ce quil dit est bien. Cela devrait tre enseign lcole. Il avait une thique, lie aux valeurs de son poque. A chaque poque son type de gangsters. Aujourdhui, ce sont des voyous qui exercent dans linformatique, les combines bancaires, les dlits dinitis. Il y a bien encore quelques roquettes tires sur des fourgons, mais cest une autre dmarche, une autre mentalit, cela ne fonctionne plus avec les mmes hirarchies. A lpoque de Giovanni, chez les voyous, il y avait un genre darbitre, davocat, ctait un armnien qui arrangeait les conflits. Quand deux types taient en conflit, on allait le voir. Il tranchait et on le suivait. Ctait nickel, sa dcision tait approuve sans appel. Orloff ma fait un peu penser lui. Il fait le mdiateur vis a vis de son pote Gu, il prend des risques, il va au charbon, avec son Zig dans la fouille On dit souvent que le costume aide entrer dans un rle Jacques Dutronc : Ah, mais celui l est fait sur mesure ! Il va avec la Bentley, une vraie avec la conduite droite, cest mieux pour embrasser celle qui monte ct. Orloff, cest marrant, ce nom me rappelle mon enfance, Chausse dAntin, dans ma rue, il y avait une picerie fine avec du saumon en vitrine, le magasin sappelait Orloff. Celui que jincarne a fait ses tudes en Angleterre, do le Eden en guise de chapeau, peut-tre. Quand je suis arriv sur le plateau, en tenue, Alain ma dit que Jos aurait t ravi de voir Orloff comme a Vous naviez jamais travaill avec Alain Corneau Jacques Dutronc : Avec lui, on a vraiment limpression davoir un vrai metteur en scne en face de soi. A mon avis, cest le seul qui reste, heureusement quil est en bonne sant ! Humainement nen parlons pas. Il a laurole. Cest quelquun de formidable. Quand il y a une arme, ou quon parle darmes, ses yeux brillent et jaime sa passion. Corneau ne fait pas de psychanalyse. Ce quil demande est trs prcis, lcriture du scnario aussi est trs prcise, certaines phrases sont difficiles dire. Cest un texte particulier apprendre. Rien nest appuy. Cest clair et net. Pas de mots inutiles. Quand il est venu en Corse chez moi me proposer le rle, jai dit oui tout de suite, ctait un honneur pour moi. Quand il est parti, je lui ai envoy un texto : Merci dtre venu, sign Orloff . En une aprs midi, jai chang de nom, jai demand tout le monde de mappeller Orloff. Parlez-nous de vos partenaires

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    Jacques Dutronc : Ma partenaire est blonde, mais pas idiote, car au dpart, elle est brune Elle est plus que jolie et parfaite pour le rle. On dessine des courbes avec ses mains quand on parle delle. Elle est aussi trs sympathique. Comme le film est formidable, il va y avoir une suite, dans laquelle elle sappellera Simona. Et Orloff choisira alors de sappeler Stanislas Eric Cantona est gnial. Je regrette de ne pas jouer avec lui. Quand Blot, ce cher Michael White, je parle de lui dans le film mais je ne le croise jamais. Vous tes le seul prononcer le nom de Fardiano avec laccent corse Jacques Dutronc : Cest normal. Je ne pouvais pas laisser passer a... Jai eu envie de mettre en scne un film en Corse, il y a trs longtemps. La vedette, ctait la Corse vue par moi. Je mettais les touristes, dans la lumire et les Corses, dans lombre Mon livre prfr sintitule Lloge de lombre , de Junichir Tanizaki. Tenez, je suis sr quon trouve ce bouquin dans la bibliothque dOrloff

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    INTERVIEW ERIC CANTONA Dcrivez-nous comment vous voyez Alban, votre personnage Eric Cantona : Ds la lecture, on comprend que cest quelquun de dvou, dassez digne, avec une flure, une sensibilit. Cest un tueur, mais il est capable dune grande gnrosit envers les gens quil aime, c'est--dire Manouche et Gu. Il a dcid de leur donner ce quil est. Il a besoin daimer, et comme il les aime, il est capable de tout pour eux, de tout leur donner, de tuer pour eux aussi. Vous lui avez imagin un pass ? Eric Cantona : Oui, dans son rapport avec Gu jadis. Alban est comme un enfant un peu perdu, il a besoin dtre guid. Il se dvoue, cest sa faon de trouver sa place, il sest choisi une famille et il se consacre eux. Cest une mission quil sest fixe. Aux yeux dAlban, Gu ne peut pas faire mal. Cest quelquun de fort ses yeux, quoi quil arrive. Quand Gu renonce tuer Jo Ricci, il lui trouve tout de suite une excuse : Moi aussi, il mest arriv de remettre. Il faut se sentir . Et quand il croise Blot en retournant sur les lieux, il est fier, car il se dit : Gu na pas eu peur, cest son instinct qui lui a dit de ne pas y aller. Il a besoin de ladmirer. Vous avez tout de suite trouv vos marques, sur le tournage ? Eric Cantona : Le premier jour tait important, parce quavant le tournage, on construit son personnage de son cot, et sur le plateau on va le prsenter au ralisateur, on est confront son attente, alors quand on arrive le premier jour on est inquiet, on se demande si on est sur la bonne voie. Pour le savoir, il faut jouer. Sur ce film, il y a eu quelques ajustements et trs vite, on a trouv Alban.

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    Que vous inspire Alban ? Eric Cantona : Il incarne des valeurs qui me parlent. Cela dit, le milieu des gangsters fait fantasmer beaucoup de gens, mais je ne me sens pas proche de ces gens l. Ils ont beau avoir un code de lhonneur, ce sont des tueurs. Ils me fascinent, mais dans la vie je ne choisirais pas dtre de leur ct. Je nai pas une grande admiration pour eux. Dans la vie, ils sont bien o ils sont et moi o je suis. Mais au cinma, cela fait de belles histoires Vous tes laise avec la faon de parler de ces personnages ? Eric Cantona : Ce sont des dialogues de lpoque, mais en mme temps, je les trouve hyper modernes. On pourrait parler comme a maintenant, ces mots de la fin des annes cinquante, je pourrais les dire aujourdhui. Loriginalit dAlban, au-del de sa faon de parler, cest aussi ce quil dgage Eric Cantona : Alban, cest une me denfant dans un corps massif. Il agit avec Manouche et Gu comme un enfant avec ses parents. Cest un enfant. Il ne partira jamais et cela le blesse que Gu puisse le lui proposer. Il se sent abandonn quand on lui conseille de quitter les siens, parce que sa vie consiste tre avec eux et se dvouer pour eux. Cest comme cela quil est heureux. Vous semblez prendre beaucoup de plaisir jouer Eric Cantona : Jaime a. Je joue pour mamuser, pour vibrer, pour toucher dautres choses. Jessaye de jouer en oubliant lissue, en ne jouant que linstant, le plan. Je joue entrer dans la peau de gens que je ne suis pas. Par exemple, en jouant Alban, cest la premire fois de ma vie que je suis dvou. Dans la vie, jai eu trs tt des gens dvous moi, plus que le contraire. Jai peut-tre un orgueil qui fait que je fuis ceux pour lesquels je pourrais me dvouer. Jai peut-tre un go un peu surdimensionn, mais avec beaucoup dhumilit. Je ne cherche pas des gens dvous moi, ni des gens qui me dvouer Donc, en jouant Alban, je ne savais pas o jallais. Mais jai connu suffisamment de gens dvous pour pouvoir minspirer un peu deux. Cest agrable dtre dvou, au cinma Comment dcririez-vous Alain Corneau ?

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    Eric Cantona : Cet homme est une encyclopdie du cinma. Je suis fascin par ses connaissances. Je ne sais pas si dans le foot jen connais autant que lui dans le cinma Lhistoire du cinma est plus complexe que celle du foot. Quand on sait, quand on connait son domaine, on croit que tout est simple. Mais quand on sait moins, on coute, et comme a on apprend. Cest pourquoi je reste sur le plateau. Jaime observer le travail. Jaime tre l, parmi les autres, avec eux, comme a, on se sent moins tranger quand on tourne. Je regarde, jessaye dapprendre. Par exemple, aujourdhui, Corneau a demand un ralenti 50 images secondes. En fait, il faut tourner plus dimages pour faire un ralenti. Jai appris a aujourdhui. Cest important de connaitre la technique. Pour dcrire Corneau, je parlerais de sa connaissance. Il maitrise la technique parfaitement, donc il est libre, et il sait exactement ce quil veut. Pour quun acteur se lche, et accepte tout ce que le ralisateur lui dit, cest quil lui fait confiance pour lemmener l ou il faut aller. Sur ce plateau, on lui fait tous confiance. Personne ne discute. L o il nous emmne, ce sera lendroit o il fallait quon aille Les interviews de ce dossier ont t ralises durant le tournage par Michle Halberstadt

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    ARP A Reel Passion Depuis 1991, ARP, distributeur indpendant, a achet et distribu tous droits plus de cent films. En 1997 ARP se lance dans la production, en partenariat avec les Frres Dardenne en produisant La Promesse et Rosetta (Palme d'Or en 1999) puis avec Luc Besson, avec qui ARP produira Taxi et coproduira Taxi 2, 3 et 4 .

    En 2000 ARP produit Les blessures assassines qui marque le retour au cinma de Jean-Pierre Denis et rvle le talent de Sylvie Testud.

    En 2001 La chambre des officiers de Franois Dupeyron, rcompens par 9 nominations aux Csar, dont meilleur film, meilleur ralisateur et meilleur acteur, ainsi que La repentie de Laetitia Masson avec Isabelle Adjani et Sami Frey.

    En 2002 Adolphe de Benot Jacquot avec Isabelle Adjani, Stanislas Merhar et Jean Yanne, d'aprs l'uvre de Benjamin Constant.

    En 2003 Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran de Franois Dupeyron, d'aprs la pice d'Eric-Emmanuel Schmitt, avec Omar Sharif ;

    Bon Voyage de Jean-Paul Rappeneau avec Isabelle Adjani, Grard Depardieu, Virginie Ledoyen, Yvan Attal, Grgori Derangre et Peter Coyote ; et coproduit avec Claude Berri Les sentiments de Nomie Lvovsky avec Nathalie Baye, Jean-Pierre Bacri, Isabelle Carr et Melvil Poupaud.

    En 2004 Les mots bleus d'Alain Corneau avec Sylvie Testud et Sergi Lopez, prsent en comptition au Festival de Berlin.

    En 2005 Ol ! de Florence Quentin avec Grard Depardieu, Gad Elmaleh, Sabine Azema et Valeria Golino.

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    En 2006 Essaye-moi de Pierre Franois Martin-Laval avec Julie Depardieu, Pierre Franois Martin-Laval, Pierre Richard, Kad Merad, Isabelle Nanty, Wladimir Yordanoff, Marina Fos ; Un crime de Manuel Pradal avec Harvey Keitel, Emmanuelle Bart et Norman Reedus, tourn en anglais et intgralement New-York.

    En 2007 Le deuxime souffle ralis par Alain Corneau daprs louvrage de Jos Giovanni, avec Daniel Auteuil, Monica Bellucci, Michel Blanc, Jacques Dutronc, Eric Cantona, Daniel Duval, Gilbert Melki, Nicolas Duvauchelle, Philippe Nahon, Jacques Bonnaff.

    Palmars En quinze ans, deux palmes d'or ( Adieu ma concubine et Rosetta ), un lion d'or ( Qiu Ju, une femme chinoise ), deux lions d'argent ( Epouses et Concubines , Jambon, jambon ), deux grands prix de Cannes ( Vivre ! , De beaux lendemains ), trois prix du Jury Cannes ( Le matre de marionnettes , Chansons du deuxime tage , Shanghai dreams ), six prix d'interprtation Cannes ( La folie du roi George , Qiu Ju, une femme chinoise , Vivre , Ne pas avaler , Rosetta , Nobody knows ), un prix d'interprtation Berlin ( Maria pleine de grce ), un Csar du meilleur acteur ( Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ), un oscar ( Antonia et ses filles ), dix-sept nominations aux oscars ( La folie du roi George , Les vads , De beaux lendemains , Loin du paradis , Maria pleine de grce ) . Les productions franaises dARP totalisent vingt nominations aux Csar pour : Les blessures assassines , La chambre des officiers , Les sentiments , Bon Voyage , Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran , tous nomins dans la catgorie meilleur film de lanne . FICHE ARTISTIQUE Gu Daniel Auteuil

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    Manouche Monica Bellucci Blot Michel Blanc Orloff Jacques Dutronc Alban Eric Cantona Venture Ricci Daniel Duval Jo Ricci Gilbert Melki Antoine Nicolas Duvauchelle Pascal Jacques Bonnaff Fardiano Philippe Nahon Tho Jean-Paul Bonnaire Letourneur Francis Renaud Jacques le notaire Jean-Claude Dauphin Poupon Stphane Brel Fernand Yves Lambrecht Godefroy Philippe Chaine Flic Restau Manouche Michel Vivier Chef Grald Laroche Infirmire Sandra Moreno Bernard Fabrice Donnio Le Malade Bernard Bolzinger Flic Fardiano Alexandre Faure Journaliste Carnet Jean-Pierre Leclerc Marcel le Stphanois Benot Ferreux Colette Virginie Theron Tueurs Restau Manouche Cyrille Dobbels Les Journalistes Laurent Besanon Didier Nobletz Thierry Humbert Portier Restau Manouche Christian Ameri Fred Charlie Farnell FICHE TECHNIQUE

    Un film de

    Alain Corneau

    Produit par Michle et Laurent Ptin

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    Adaptation

    Alain Corneau

    Dialogues Jos Giovanni et Alain Corneau

    Daprs louvrage de

    Jos Giovanni Editions Gallimard 1958

    Image

    Yves Angelo

    Musique originale compose et orchestre par Bruno Coulais

    Dcors

    Thierry Flamand - A.D.C.

    Costumes Corinne Jorry

    Son Pierre Gamet

    Laurent Quaglio Grard Lamps

    Montage

    Marie-Josphe Yoyotte

    Directeur de Production Bernard Bolzinger

    une production

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    ARP

    en co-production avec TF1 Films Production

    avec la participation de

    Canal + Cinecinema

    Kiosque Sogecinema 4 & Sogecinema 5

    et le soutien de

    La Rgion Ile-de-France

    en partenariat avec le CNC

    1er Assistant Ralisation Vincent TRINTIGNANT Casting Petits Rles & Figuration Marie-France MICHEL 2nd Assistant Ralisation Matthieu COURTAY Assistants Casting Figuration Francesco CURCIO Stagiaires Mise en Scne Roman KOLINKA C.Emmanuelle PERRILLAT-COLLOMB Roseline FERRACCI Claire COULANGE Renfort Reprages Paris Aude LEMERCIER Casting Figuration Marseille Coralie AMEDEO Reprages Marseille Vronique LAVEISSIERE Assistant Casting Figuration Tristan RAVASCO Scripte Marie LECONTE Story-board Michel DORE Zooloos Stagiaire Scripte Laura BOITEL Chorgraphe Lianne SCRIVENER Administratrices de Production Odile MICHENEAU Administratrice de Production Figuration Sylvie BALLOY Janine BARRIENTOS Stagiaire Production Graldine MICHELON Assistante de Production Katia PANLOU Rgisseur Gnral Julie BORDES Rgisseur Adjoint Squences Train Augustin WERKOFF Rgisseur Adjoint Amlie SUPAU Rgisseur Gnral Marseille Olivier COQUILLON Rgisseur Adjoint Marseille Charlotte GRANGE Prparation Marseille Benjamin GRANIER Agns FANGET Stagiaires Rgie Christophe JAROSZ Renforts Rgie Julie SAYAGH Jean-Charles BERLAN Bertrand BOLZINGER Guillaume DEVIERCY Pierre CHEVALIER Boris ZANATTA Mathieu DELAHOUSSE

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    Stagiaires Rgie Marseille Guillaume MADINIER Patrick GIUNTA Frdric APOSTOLO Boris LAURENT Frdric FERAUD Chauffeur M. Jacques Dutronc Pepite PEREIRA Assistant Chauffeur M. Daniel Auteuil Hakim FALEK Chauffeur Mlle Monica Bellucci Jo RODRIGUEZ Cadreur Steadicamer Valentin MONGE Oprateurs Engins spciaux Paulo RODRIGUES 1er Assistant Oprateur Pierre Hugues GALIEN Antoine VIDAL 2nd Assistant Oprateur Samuel RENOLLET Oprateur Engins spciaux Marseille Xavier GRAVELEAU Stagiaire Oprateur Arnaud CARNEY Assistants Oprateur Renforts Simon BLANCHARD Photographe de Plateau Jrme PREBOIS Franois GALLET Making of Victor HOLL Simon BEAUFILS Interviews Michle HALBERSTADT Assistant Son Bernard CHAUMEIL Assistant Son Renfort Denis CARQUIN Stagiaire Son Marie AVERTY Chef Oprateur Son Teaser Thomas PIETRUCCI Chef Electricien Rachid MADAOUI Electriciens Emmanuel HAUVEL Assistant Electricien Bastien BLUM Laurent MALEK Christophe DURAL Electriciens Renforts Pascal HENIN Electriciens Renforts Freddy PIRSON Mouloud LAKROUT Thierry ENGLER Francis PIRSON Stanley THIEBAUT Vincent PANTANELLA Jacky FRANTZ Yann ODY Jean-Baptiste GAVA Renforts Marseille Laurent TIBESSART Jean-Marc BELLIEN-LACOSTE Conducteur de groupe Guy GUERMOUH Renforts Patrice BIRZIN Marseille Pascal VILLANUEVA Landry JOURDAN Jean HERTEL Chef Machiniste Olivier MARTIN Chef Machiniste Renfort Herv ROUSSET Machinistes Christian METZ Chef Machiniste Teaser Jean-Yves FREESS Paulo Sergio RIBEIRO SIMOES Machinistes Renforts Olivier BOUYSSOU Machinistes Renforts Johan LECOMTE Julien COTTRET Bruno BOBAN Philippe JANOIS Renaud FIDON Fabrice GAUCHET Patrick PAMART Olivier DELAUNAY Renforts Marseille Nicolas EON Franois-Xavier HUGUES-CLERY 1er Assistant Dcorateur Frank MONSEIGNY Dessins des dcors Virginie HERNVANN

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    2me Assistante Dcorateur Sandrine JARRON Stphanie BERTRAND Ensemblire Ccilia BLOM Rgisseur dExtrieurs Jean-Philippe REVERDOT Accessoiriste de Plateau Nicolas RAFFY Stagiaires Dcoration Khadija BEN MUSTAPHA Accessoiristes aux meubles Olivier SEILER Annabelle TISSOT Stphane BECIMOL Dorothe BAUSSAN Jos MORENO Pauline BERGER Chef Constructeur Martinus VAN LUNEN Chef Menuisier Jean-Pierre DELETTRE Menuisiers Traceurs A la mmoire de Antonio MATTERSON Menuisiers Traceurs Xavier MICLET Florent COULBOUEE Denis MISURA Bertrand TERREYRE Juan Carlos SOLER Franois DUGUE Jrme DE POORTERE Thierry RASAMIARISOA Franois SCALA Frdric FICHTER Christian JOLY Jean-Claude WAEYAERT Sbastien CHAUVAT Menuisiers Alejandro VASQUEZ Menuisiers Sbastien BELGODERE Christophe DEYRIS Vincent SENTIS Christophe SIMONOTTI Chef Serrurier Matthieu VAN LUNEN Chef Machiniste Stphane LEBELLEC Serruriers Jean-Marie BAUDEAN Machinistes Marc FOURQUIN Thomas KRAMKIMEL Laurent LE GALL Chef Tapissier Emmanuel LECHAT Marco ELEFANTE Tapissiers Jean-Marc BERTE Pascal BOURREAU Jol LAVRUT Marianne VALLY Carole RACAMIER Chef Peintre David NOUYRIT Peintres Jerzy NOWAK Peintres Patineurs Genevive LEYH Didier TARDIVEL Denis CHABOISSIER Pascal BANCILHON Christian VAN OOST Antoine GERBER Claude PERRY Luz NIETO Laercio RIBAS DA CRUZ Nadia DRAOU Chef Sculpteur Franois ROUX Peintres Sylvie MITAULT Sculpteur Muriel NICOLLE Chef Staffeur Jrme CLAUSS Staffeurs Serge STEPHAN Ensemblire Paysagiste Cline BARRAY Stphane FERRAND Rippeurs Richard DETROIT Rippeurs Renforts Nicolas KAROLSZYK Ludovic RENAUD Bastien BACHA Julien DUMINY David KHALIFA

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    Miguel NOUGIER Abdennebi TLEMCANI Julien DEBRAY Thomas LAMPIS Emmanuel BETH Guillaume MONTELLY Alexandre TEXIER Renforts Serifontaine Johann GROUSSET Clment TAVEL Ludovic ENKIRCHE Clment MARQUES 1er Assistant Dcorateur Marseille Franois PEYON Menuisiers Traceurs Marseille Gabriel RAGAIGNE 2me Assistant Dcorateur Marseille Bruno TADDEI Nicolas BELTRAN Peintres Marseille Dany JOHNSON Rippeurs Marseille Rgis PORTAL Tony ALLEMAND Christophe MENCHINI Stagiaires Dcoration Marseille Aurlie COMBE Stagiaires Dcoration Marseille Nicolas PIECHACZEK Giuseppe SAVALLI Brahim EL ABDOUNI Aurlien KSSTENTINI Superviseur Effets Spciaux Philippe HUBIN Coordinateur Effets Spciaux Jean-Christophe MAGNAUD Techniciens Effets Spciaux Franois GAUBERT Maquillage Effets Spciaux Jacques Olivier MOLON Jean-Yves THOREAU Brangre CORTAIX Sylvie ROUSSELIN Frdric BALMER Denis LE DOYEN Pierre-Olivier THEVENIN Christophe AUBRY Pierre-Olivier PERSIN Alexis KIVEBANYAN Responsable Effet Sol mouill Hubert DEVINCK Assistant Effet Sol mouill Mathieu CAVILLON Chef Costumire Nathalie CHESNAIS Habilleuses Tina MOREL Costumires Anne-Sophie GLEDHILL Caroline CONDAT Laurence GLENTZLIN Stagiaire Costumes Aurlie MORILLE Costumire Renfort Louise RAPP Renforts Costumes Hlne KURANT Habilleuse Renfort Gil NOIR Renata BICZ BOUCHAUX Couturire Myriem BOUCHER Chef Maquilleur Jol LAVAU Chef Maquilleuse de M. Jacques Dutronc Marseille Sylvie DUVAL Chef Maquilleur de Mlle Monica Bellucci Christophe DANCHAUD Maquilleurs Renforts Hugues LAVAU Renfort Letizia CARNEVALE Nathalie KOVALSKI Adeline CAVALIERE Chef Coiffeur Laurent BOZZI Cration de coiffure de Mlle Monica Bellucci John NOLLET Chef Coiffeuse de Mlle Monica Bellucci Myriam ROGER Chef Coiffeur de M. Jacques Dutronc Christian SOURDILLE Coiffeurs Renforts Laurent BONNEY Renforts Marseille Antoine AMADOR Frdric SOUQUET Alain LUZY Christine DENDELEUF Marilyne SCARSELLI Stphane JONCKHEERE

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    Virginie DURANTEAU Laurent LAGARDE Grald PORTENART Rgleur Cascades et Cascadeur Daniel VERITE Cascadeurs Florent MISMETTI Cascadeurs Julien VERITE Alexandre AUDRY Thierry SAELENS Stphane COLLE Alain GRELLIER Cyrille HERTEL Bernard CHEVREUL Yannick LASCOMBES Carole VERITE Grard KULHN Sophie LASCOMBES Yann TREMBLAY John-Eric MEDALIN Christophe MARSAUD Jrme GASPARD Albert GOLDBERG Jean-Louis BONNET Stphane MARGOT Rgisseur Vhic