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  • LUC

    CHARTRANDCODE

    BEZHENTZI

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  • Chantal

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  • Il nous faut parfois accomplir quelque chose afin den trouver la raison.

    Nos actes sont parfois des questions, non des rponses. John le Carr, Un pur espion

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    Prologue (t austral 1989)

    Roelf Krige naimait pas cette route mme si ctait une des plus belles sur lesquelles il ait jamais roul. Elle longeait les pentes abruptes en serpentant et courait au-dessus des falaises qui dboulaient jusque dans la mer. Le temps dune courbe, il pouvait apercevoir, en bas sur sa droite, les vagues turquoise et bleues qui crevaient sur les rochers dans un bouillonnement dcume blanche. Il ny avait pas un nuage et le soleil de laprs-midi faisait cuire les flancs rocheux et sexhaler les odeurs des pins.

    Assis droite, Krige conduisait, ngociant chacune des courbes avec une prudence calcule. Ctait un homme trapu, au teint hl, affubl dune mince moustache chtain. Son regard allait et venait du rtroviseur la route, lafft de toute anomalie, du moindre signe suspect. En cas dembus-cade, il ny avait pas dchappatoire possible, aucune route secondaire emprunter, aucune possibilit de virer de bord en catastrophe. La montagne gauche. Le prcipice droite.

    Il regarda par-dessus son paule et vit lhlicoptre qui survolait la mer. Tout tait normal. Dans la voiture qui le prcdait, une Opel blanche roulant fentres ouvertes, deux des leurs, bien arms, ouvraient la route. Celle qui le suivait, une Camaro dcapotable rouge, semblait occupe par un couple de touristes en vacances mais la femme et lhomme

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    taient aussi des leurs. Les fentres de la Mercedes conduite par Krige taient fermes, et les vitres, l preuve des balles.

    Avant datteindre cette route panoramique, alors quelles roulaient encore sur lautoroute, les voitures changeaient rgulirement de position, se dpassant de temps en temps pour ne pas donner l impression quelles formaient un convoi. Mais ici, pas question de doubler.

    la gauche de Krige, un autre homme, cheveux gris coups ras et lunettes de soleil, saisit le micro de la radio. Comme Krige, il portait des manches courtes.

    Ici Malan. Cest moins dun kilomtre. Il y a un petit embranchement droite. Cest l qu il faut tourner.

    En haut dune crte, le convoi dboucha sur le spectacle grandiose de la rencontre de deux ocans. Tout en bas, une longue plage presque blanche accueillait les dernires vagues moutonneuses de lAtlantique. De lautre ct, par-dessus l isthme troit, naissait locan Indien. Et au loin, droit devant, se profilait le cap de Bonne-Esprance. Ils taient au bout de lAfrique.

    Cest magnifique !Le passager assis derrire Krige et Malan avait parl.Malan enleva ses verres fums et se tourna vers lui. Pour moi, cest le plus bel endroit du monde. Il y a sre-

    ment fort longtemps que vous ne lavez vu ! Je lai vu en rve pendant des annes !Les trois hommes rirent et se dtendirent quelque peu.La voiture de tte activa son clignotant et les deux autres

    l imitrent. Les trois vhicules sengagrent sur la petite route qui descendait vers la plage. Lhlicoptre passait juste au-dessus de leurs ttes.

    Krige et Malan appartenaient tous deux aux Services cor-rectionnels dAfrique du Sud. Ils taient gardiens de prison, tout comme les occupants des autres voitures, mais leur tche stait profondment modifie depuis quelques mois. Ils taient devenus les gardes du corps de leur prisonnier et celui-ci, dune certaine faon, tait leur vritable patron.

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    Krige lui jeta un coup dil par le rtroviseur. Malheureusement, je ne pense pas que vous aurez le

    temps de vous baigner, Madiba. Non. Pas cette fois-ci. Madiba tait le surnom donn par ses proches Nelson

    Mandela. Et ces hommes, ses geliers, en taient venus se considrer comme ses amis.

    Krige surtout en ressentait une immense fiert. Mandela connaissait le nom de sa femme et ceux de ses trois fils, les dates de leurs anniversaires, et s informait de leurs progrs scolaires comme s ils avaient t ses petits-fils.

    Mais, pour longtemps encore, Krige devrait garder cette fiert pour lui. Officiellement, Nelson Mandela tait un dtenu, mme s il vivait en quasi-libert, mme s il avait multipli depuis quelques mois ses dplacements secrets travers le pays, toujours sous bonne escorte, mme s il dis-posait dsormais dun bureau et dun tlphone, et mme s il recevait de plus en plus de visiteurs.

    Mandela avait jusqu ici refus toutes les offres de lib-ration qui lui avaient t faites par le gouvernement sud- africain. Plus le temps passait, plus son pouvoir de ngocia-tion augmentait et il savait quavant longtemps il pourrait dicter toutes les conditions de sa remise en libert.

    En attendant, il prparait discrtement son retour la vie publique.

    Krige pensait souvent l ironie de la situation. Il accom-pagnait dans tous ses dplacements le prisonnier politique le plus connu de la plante, mais, les quelques fois o ils staient trouvs dans des lieux publics, personne ne lavait reconnu. Mandela tait maintenant un vieil homme aux che-veux blancs, et toutes les photographies de lui qui circulaient travers le monde avaient t prises au moins un quart de sicle plus tt, l poque de son emprisonnement, quand il tait encore dans la force de lge.

    Lhlicoptre s tait loign, pour ne pas attirer latten-tion sur le groupe de voitures qui arrivait prs de la plage.

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    Les trois automobiles se garrent une certaine distance lune de lautre, pour ne pas donner l impression quelles taient ensemble. Il ny avait en vue que des petits groupes disperss de vacanciers.

    Le jeune couple sortit le premier. Lhomme portait un sac de plage et la femme tait munie dun appareil photo. Ils sarrtrent, feignant dadmirer le paysage. Les deux hommes de lOpel taient rests dans leur voiture, surveil-lant la route. Malan descendit de la Mercedes et alla ouvrir la portire arrire. Mandela descendit son tour.

    Il portait une chemise fleurie manches courtes, un pan-talon gris et des sandales. Il scruta la plage, grimaant sous l clat du soleil.

    Vous le voyez ? demanda Malan.Celui-ci s tait approch. Il avait pass une veste pour

    camoufler son arme. Il est l. Vous tes sr que vous voulez y aller seul ? demanda

    Krige. Ce nest pas autoris. Si je vous accompagne, tout ce que vous direz restera absolument secret, vous le savez.

    Merci, Roelf. Je ne m inquite pas de vous. Mais il a t convenu que j irais seul. Croyez-moi, il ny a pas de danger.

    Mandela sloigna en marchant vers la mer. Il se dirigea lentement, les mains dans les poches, avec la nonchalance dun promeneur, vers un homme coiff dun chapeau de paille, en train de pcher, dans leau mi-jambe, le pantalon roul sur les mollets.

    Il sarrta quelques mtres derrire lui et le regarda un instant, comme sil sintressait la pche. Vu de dos, lhomme semblait assez vieux, la faon dont sa mince silhouette se courbait au-dessus des vagues, comme un roseau.

    Mandela cria pour couvrir le bruit du ressac. Alors, a mord, monsieur Whitehall ?Lhomme se retourna. Il tait grand, avec des traits angu-

    leux et un nez svre dont larte faisait un angle au milieu

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  • et bifurquait vers le bas. Aux tempes, ses cheveux taient presque blancs. Son chapeau jetait une ombre sur ses yeux.

    Il cria son tour. a mordra car nous avons fait fuir les requins !Il recula jusqu la grve et vint se tenir aux cts de

    Mandela.Les gardes observaient de loin cette scne nigmatique.

    La discussion dura prs de quinze minutes. De loin, on aurait pu croire que les deux hommes parlaient de pche, car l inconnu cartait de temps en temps les mains pour mimer la longueur dun poisson.

    Puis ils se serrrent la main et Mandela revint tranquil-lement vers la voiture.

    mi-chemin, un homme et une femme qui venaient en sens inverse le salurent de la main et crirent quelque chose. Mandela bifurqua dans leur direction.

    Les crans darrt de six pistolets semi-automatiques sau-trent en mme temps.

    Merde ! Quest-ce qu il fait ? Ce n tait pas prvu, grommela Malan.

    Mandela resta quelques instants avec le couple, mais rien ne se passa. Il les salua et revint vers la Mercedes.

    Qui tait-ce ? demanda Malan. Seulement des touristes allemands qui malheureu-

    sement nont pas suivi les appels au boycott touristique de lAfrique du Sud, ajouta-t-il, narquois.

    Et quest-ce qu ils voulaient ? Oh ! seulement se renseigner sur les sentiers de prome-

    nade des environs. Mais je leur ai dit que je ntais pas d ici. Ils mont demand de quel pays j tais.

    Et quavez-vous rpondu ? Dun pays qui nexiste pas encore !Il leur fit un large sourire avant de remonter dans la

    voiture.

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  • Premire partie (1993)

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    Joseph Sundaralingam se tenait tapi dans lombre du jardin et se contentait pour le moment dobserver sa future victime. Il avait envie dune cigarette mais le feu, dans la nuit, aurait pu le faire reprer. Aussi, le fait de voir lhomme fumer, dans la maison, de lautre ct de la fentre grillage, lai