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Anton Pavlovitch Tchekhov

LOURSFARCE EN UN ACTE

(1888) Traduction de Denis Roche

Table des matires

PERSONNAGES ....................................................................... 3 Scne premire.......................................................................... 4 Scne II...................................................................................... 7 Scne III ....................................................................................8 Scne IV .................................................................................... 9 Scne V .................................................................................... 12 Scne VI .................................................................................. 13 Scne VII ................................................................................. 14 Scne VIII ................................................................................ 16 Scne IX ..................................................................................22 Scne X ....................................................................................26 Scne XI ..................................................................................30 propos de cette dition lectronique ................................... 31

PERSONNAGES

ELNA IVANOVNA POPOVA, jeune veuve, avec des fossettes aux joues ; propritaire. GRIGORI STEPANOVITCH SMIRNOV, propritaire, pas vieux. LOUKA, valet de chambre de Mme Popova, homme g.

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Scne premire

Un salon dans la maison de campagne de Mme Popova. MME POPOVA, en grand deuil, ne quittant pas des yeux une photographie, et LOUKA LOUKA. Ce nest pas bien, matresse. Vous vous perdez, voil tout La femme de chambre et la cuisinire sont alles ramasser des baies ; chaque crature se rjouit ; la chatte mme comprend le bonheur : elle se promne et attrape des oiseaux ; et vous tes toute la journe enferme dans une chambre comme dans un couvent, sans prendre le moindre plaisir Oui, cest la vrit ! Comptons bien : il y a plus dun an que vous ntes pas sortie de la maison MME POPOVA. Et je nen sortirai jamais Pour quoi faire ? Ma vie est finie Il est dans la tombe ; moi, je me suis enterre entre quatre murs Nous sommes morts tous les deux. LOUKA. En voil une ide ! Ce nest pas entendre, vraiment ! Nicola Mikhalovitch est mort ; il ny a pas sortir de l : cest la volont de Dieu ; que Dieu ait son me ! Vous vous tes afflige cela suffit ; il ne faut pas abuser On ne peut pas pleurer et porter le deuil tout un sicle. Moi aussi, en son temps, ma femme est morte Eh bien ! je me suis afflig ; jai pleur un mois, et cela a suffi pour elle. Mais gmir toute une vie, ma vieille ne valait pas cela. (Soupirant.) Vous avez oubli tous vos voisins Vous nallez pas chez eux et dfendez quon les reoive ; nous vivons, excusez-moi, comme des araignes ; nous ne voyons pas la lumire du jour. Les souris ont mang ma livre Sil ny avait pas de braves gens, passe ! mais le district est plein de messieurs Il y a un rgiment Ryblov. Les offi4

ciers sont de vrais bonbons ; on ne se lasse pas de les regarder ! Et au camp, chaque vendredi, il y a bal. Et presque chaque jour, la musique militaire Eh ! matresse, petite mre ! jeune, belle comme vous ltes, du lait et du sang, vous navez qu vous laisser vivre votre plaisir La beaut nest pas donne pour toujours. Quil passe dix ans, vous voudrez faire le paon et blouir les officiers ; mais il sera trop tard. MME POPOVA, premptoirement. Je te prie de ne jamais me parler de cela ! Tu sais que, depuis que Nicola Mikhalovitch est mort, la vie a perdu pour moi tout son prix. Il te semble que je vis ; mais ce nest quen apparence. Jai fait le serment de ne jamais quitter ce deuil, et de ne pas voir le monde jusqu ma tombe Tu entends ! Que son ombre voie comme je laime Oui, je le sais pour toi ce nest pas un mystre , il fut souvent injuste envers moi, cruel mme infidle Je ne lui en serai pas moins fidle jusquau tombeau. Et je lui prouverai que je sais aimer L-bas, de lautre ct de la fosse, il me verra telle que jtais avant sa mort LOUKA. Au lieu de dire a, vous feriez mieux de vous promener au jardin, ou dordonner quon attelle Toby ou Le Gant, pour aller en visite chez les voisins MME POPOVA. Ah ! Elle pleure. LOUKA. Matresse Petite mre ! Quavez-vous ? Que le Christ soit avec vous ! MME POPOVA. Il aimait tant Toby ! Il le montait toujours pour aller chez les Kortchaguine et les Vlassov. Comme il conduisait bien ! Que de grce il y avait dans sa personne, quand, de toutes ses forces, il tirait les guides ! Te rappellestu ? Toby, Toby ! Dis quon lui donne aujourdhui une mesure davoine supplmentaire. LOUKA. Bien, madame.5

Brusque coup de sonnette. MME POPOVA, tressaillant. Quest-ce ? Dis que je ne reois personne. LOUKA. Bien, madame. Il sort.

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Scne II

MME POPOVA, seule MME POPOVA, regardant une photographie. Tu verras, Nicolas 1, comme je sais aimer et pardonner Mon amour ne steindra quavec ma vie, quand mon pauvre cur cessera de battre (Elle rit en pleurant.) Et tu nas pas honte ! Je suis sage ; je me suis mise sous clef et te serai fidle jusquau tombeau ; et toi Tu nas pas honte, mon gros ? Tu mas trompe ; tu mas fait des scnes, tu me laissais toute seule des semaines entires

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En franais. (N.d.T.)

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Scne III

MME POPOVA, LOUKA LOUKA, il entre, agit. Madame, il y a l quelquun qui vous demande. Il veut vous voir. MME POPOVA. Mais tu as dit que depuis la mort de mon mari je ne recevais personne ? LOUKA. Je lai dit, mais il ne veut rien entendre ; il dit que cest une affaire trs urgente. MME POPOVA. Je-ne-re-ois-pas ! LOUKA. Je le lui ai dit, mais cest un vrai diable Il jure et file tout droit dans les chambres ; il est dj dans la salle manger. MME POPOVA, irrite. Bien ; fais-le entrer Comme ils sont grossiers ! Louka sort. Que ces gens sont assommants ! Que veulent-ils de moi ? Pourquoi troublent-ils mon repos ? (Elle soupire.) Non, il faudra videmment que je me retire dans un couvent (Elle songe.) Oui, dans un couvent

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Scne IV

MME POPOVA, LOUKA, SMIRNOV SMIRNOV, Louka, en entrant. Butor, tu aimes trop parler ne ! (Avec dignit, voyant Mme Popova.) Madame, jai lhonneur de me prsenter : lieutenant dartillerie en retraite Grigori Stepanovitch Smirnov. Je suis contraint de vous dranger pour une affaire trs srieuse MME POPOVA, sans lui tendre la main. Que dsirezvous ? SMIRNOV. Feu votre mari, que jai eu lhonneur de connatre, est rest me devoir douze cents roubles en deux billets. Comme je dois payer demain des intrts la Banque territoriale, je vous prierai, madame, de me donner cet argent aujourdhui mme. MME POPOVA. Douze cents roubles Et pourquoi mon mari vous les devait-il ? SMIRNOV. Pour un achat davoine. MME POPOVA, soupirant, Louka. Noublie pas, Louka, dordonner quon donne Toby une mesure davoine supplmentaire. (Louka sort.) Si Nicola Mikhalovitch vous doit, il va de soi que je vous paierai, mais, excusez-moi, sil vous plat ; aujourdhui, je nai pas dargent disponible. Aprs-demain, mon intendant reviendra de la ville ; je lui ordonnerai de vous payer ce qui est d ; pour linstant, je ne puis satisfaire votre dsir Il y a exactement sept mois aujourdhui que mon mari est mort et je ne suis pas du tout en tat de moccuper daffaires dargent.

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SMIRNOV. Et moi, je suis en tat de faire le saut demain, si je ne paie pas les intrts ! On saisira ma terre. MME POPOVA. Aprs-demain, vous aurez votre argent. SMIRNOV. Jai besoin dargent aujourdhui, et non aprs-demain. MME POPOVA. Excusez-moi ; aujourdhui, je ne puis vous payer. SMIRNOV. Et moi, je ne puis pas attendre jusquaprsdemain. MME POPOVA. Que faire, si je nai rien prsent ! SMIRNOV. Vous ne pouvez pas payer ? MME POPOVA. Je ne peux pas SMIRNOV. Cest votre dernier mot ? MME POPOVA. Le dernier. SMIRNOV. Absolument ? le dernier ? MME POPOVA. Absolument. SMIRNOV. Grand merci ! Jen prends note. (Il lve les paules.) Et ils veulent que je sois de sang-froid ! Je rencontre linstant le receveur de laccise qui me demande : De quoi tes-vous toujours fch, Grigori Stepanovitch ? Pardon, comment ne pas me fcher ! Jai un besoin dargent mouvrir la gorge Je suis parti hier matin ds laube ; jai couru chez tous mes dbiteurs : aucun ne ma pay. Je suis fourbu comme un chien ; jai couch le diable sait o, dans un relais juif, prs dun tonneau deau-de-vie Enfin jarrive ici, soixante-dix verstes de ma demeure, esprant toucher ; et on me rgale dtats desprit et de dispositions ! Comment ne pas me fcher ?

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MME POPOVA. Jai dit clairement, il me semble, que, ds que mon intendant rentrera, vous serez pay. SMIRNOV. Je ne suis pas venu trouver votre intendant, mais vous ! Quel diable excusez lexpression ! est pour moi votre intendant ? MME POPOVA. Excusez, monsieur, je ne suis pas habitue ces expressions tranges, ce ton Je ne vous coute plus. Elle sort rapidement.

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Scne V

SMIRNOV, seul SMIRNOV. Voyez un peu ! Son tat desprit ! Sept mois que son mari est mort ! Mais moi, dois-je payer les intrts, oui ou non ? Je vous le demande : dois-je payer les intrts ? Bon, votre mari est mort ; votre tat desprit, et toute sorte de tours de passe-passe Lintendant est parti on ne sait o. Que le diable lemporte. Que dois-je faire ? Menvoler en ballon pour viter mes cranciers ? Ou bien prendre mon lan et me flanquer la tte contre un mur ? Jarrive chez Grouzdev ; il ny est pas. Iarochenko sest cach. Je me dispute mort avec Kouritsine, et peu sen est fallu que je ne le jette par la fentre. Mazoutov a la cholrine. Celle-l a un tat desprit ! Aucune canaille ne paie ! Cest parce que je les ai trop gts, tous, et que je suis un tonton, une chiffe, une femelle ! Je suis trop dlicat avec eux ! Mais attendez ! Vous me connatrez ! Je ne permettrai pas quon se moque de moi, que

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