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  • 11ducation & formations n 78 [novembre 2008 ]

    La publication dun classement international par lUniversit Jiao Tong de Shanghai en 2003 constitue une tape importante dans la structuration du paysa-

    ge mondial de lenseignement sup-rieur. En France, en particulier, elle a renforc la prise de conscience du pro-cessus de mondialisation en cours et de son corollaire, lavnement dune vritable concurrence entre les pays et les tablissements.

    En effet, les systmes densei-gnement suprieur se sont dploys jusqu la fin du XXe sicle essentiel-lement sur leurs bases nationales, les lgislations tant peu propices la mobilit. Par ailleurs, laccs lin-formation tait beaucoup moins fa-cile quaujourdhui. De fait, le brain drain , bien que clairement identifi, ne pnalisait vraiment que les pays en dveloppement, qui ne pouvaient for-mer et conserver leurs propres lites.

    Ainsi, les comparaisons, lors-quelles existaient, se faisaient entre tablissements dun mme pays, dans

    Nadine DalsheimerUnit franaise Eurydice, Mission aux relations europennes et internationales Direction de lvaluation, de la prospective et de la performance

    Denis DesprauxSous-directeur de la performance de lenseignement suprieur, de la recherche et de linnovationDirection de lvaluation, de la prospective et de la performance

    La publication de lAcademic Ranking of World Universities (ARWU) en 2003 a t

    la premire dune srie de classements internationaux des tablissements

    denseignement suprieur qui tmoigne de lavnement dune vritable

    concurrence internationale dans ce domaine. Les approches utilises pour

    les classements sont sensiblement diffrentes tant sur les modalits de choix

    des tablissements classer, que sur les critres et mthodes de mesure, ou sur la prsentation des rsultats. Cette

    diversit sexprime pleinement au travers des sept classements internationaux qui sont dtaills et analyss dans larticle.

    Dans lARWU et le Times Higher Education (THE) qui visent une couverture mondiale,

    quelques universits franaises figurent parmi les cent premires. Elles ne se classent cependant jamais dans les

    toutes premires, qui sont le plus souvent bases aux tats-Unis et au Royaume-Uni.

    Dans le classement europen du Center for Higher Education (CHE), le nombre

    dtablissements franais classs dans l excellence group est infrieur celui

    du Royaume-Uni, de lAllemagne, des Pays-Bas et de lItalie. Il est identique

    celui de la Sude. Les grandes coles , quand elles entrent dans la slection des tablissements classer (le classement de Leiden ne classe que les universits)

    apparaissent dans un positionnement moyen, except dans le classement

    de lcole des Mines. Toutefois, le classement du Financial Times appliqu uniquement aux programmes de masters

    en management europens fait figurer les coles de commerce franaises

    en excellente position. Le classement du CSIS (le Conseil suprieur de la

    recherche scientifique espagnol) est le seul qui fasse ressortir les organismes de recherche franais en tant que tels.

    Sous lappellation tablissement denseignement suprieur , se dfinissent

    en fait des entits trs diverses aux missions varies. Tout classement

    gnrique de cet ensemble htroclite

    est par nature arbitraire : il dpend des dimensions prises en compte pour caractriser les

    tablissements (enseignement, formation, innovation, valorisation, responsabilit

    socitale,), des indicateurs utiliss pour placer les tablissements par

    rapport ces dimensions, et enfin, du mode de pondration des dimensions

    entre elles. Les classements sont ainsi le rsultat de multiples choix,

    qui se justifient par rapport des reprsentations prtablies de la

    qualit et des objectifs implicites ou explicites. Compte tenu des nombreuses applications qui peuvent tre attribues

    aux classements, donc aux multiples objectifs possibles, aucun classement

    gnrique, quelles que soient sa qualit et sa pertinence, ne pourra rpondre

    lensemble des besoins et des questions.

    De tels exercices constituent cependant une bonne mthode pour apprhender

    des systmes aussi complexes et poser les questions de fond sur les voies

    damlioration des politiques publiques et des stratgies dtablissement. Toutefois,

    ils ne correspondent pas une vritable dmarche dvaluation. Le principe

    de rangement sur une chelle unique aboutit en effet confronter entre eux

    des objets trs diffrents. Une valuation comparative entre tablissements

    denseignement suprieur ne peut se construire qu partir dun travail de

    typologie permettant didentifier parmi les tablissements, voire au sein mme des tablissements ou dorganisations inter-tablissements, les objets dont la

    proximit entre eux rend la comparaison pertinente. La typologie permet en outre dapprhender lenjeu de la

    ncessaire diversit du systme par rapport lensemble des besoins de la socit, linverse du classement

    hirarchis qui oriente vers un modle uniformis. Enfin, elle offre la possibilit

    de rorganiser les critres en fonction des objectifs cibls, donc de rpondre

    un plus large spectre de besoins.

    Analyses des classements internationaux des tablissements denseignement suprieur

    Comparaisons internationales

  • 12 ducation & formations n 78 [ novembre 2008 ]

    Thm

    e

    la suite du premier classement publi dans un magazine aux tats-Unis en 1983.

    Le remarquable succs de lAca-demic Ranking of World Universities (ARWU) provient de la conjonction historique de plusieurs phnomnes. En premier lieu, sa diffusion a t concomitante avec la mise en relief par les pays dvelopps de lintrt stratgique dinvestir dans lenseigne-ment suprieur et la recherche. Cet axe politique sest exprim en Europe dans le processus de Lisbonne qui vise promouvoir linnovation, considre comme un moteur principal dans la comptitivit conomique mondiale. En deuxime lieu, elle est intervenue aprs louverture des frontires aux dplacements des personnes et le formidable bond des transports inter-nationaux. En troisime lieu enfin, elle sest situe dans un contexte nouveau daccs gnralis une large infor-mation par le web. Lide dun vri-table march de lenseignement suprieur a ainsi pris forme lchelle de la plante.

    Demeurer lun des acteurs majeurs de ce march correspond pour les pays un triple enjeu. Il sagit, dune part, dalimenter par la recherche lin-novation dont se nourrit lconomie, dautre part, dassurer les formations pour crer le meilleur vivier possible de talents, et enfin, de rendre le terri-toire attractif.

    La lecture de lenseignement suprieur comme un march mo-difie les perspectives, avec la mise en avant des notions de rentabilit et de performance. La mission primaire de diffusion de la connaissance est dpasse par la valorisation et la r-ponse aux besoins de formation pour le bon fonctionnement de lconomie. La notion dinvestissement individuel prend tout son sens.

    Mais ce march de lenseigne-ment suprieur doit aussi rpondre des politiques sociales fondamenta-les, comme lgalit des chances et laccs le plus large la formation. Cest pourquoi il fait lobjet de politi-ques publiques, lorigine dune large partie des financements. Cependant,

    ces fonds sont par dfinition rattachs une population et un territoire d-finis. Linvestissement est ainsi cibl gographiquement, mais il utilise, avec linnovation et la formation, des relais conomiques par nature trs mobiles et volatils. Le dfi pour les po-litiques publiques et leurs instruments est, dun ct, de crer les conditions favorables pour le dveloppement et le financement de lenseignement su-prieur et la recherche, et, dun autre, de sassurer que les effets produits profitent bien en priorit la commu-naut qui a consenti ces efforts.

    Cest dans ce contexte que le succs de lARWU a pris racine, bien au-del des attentes de ses auteurs et malgr ses imperfections. Depuis lors, de nombreuses initiatives ont pris place pour mieux apprhender les mthodes, les contraintes, les enseignements, les limites des clas-sements des tablissements densei-gnement suprieur.

    Lobjectif de cet article est de pr-senter un tat des lieux sur ce sujet du classement des tablissements den-

    Tableau 1 Quelques exemples de registres de classement en 2002

    Auteur Titre du registre de rsultats Pays/Rgion But poursuivi

    Asiaweek Les meilleures universits dAsie Asie Honorer lexcellence

    The Center Les meilleures universits de recherche amricaines tats-Unis Identifier les meilleures universits de recherche

    CHE/Stern Les classements universitaires du CHE et du Stern Allemagne Aider les diplms de lyce choisir o tudier

    Good Guides Le guide des bonnes universits Australie Choix des lycens

    The Guardian Le guide des universits Royaume-Uni Choix des lycens

    Macleans Le classement des universits Canada Choix des lycens

    Melbourne Institute

    Lindex de lInstitut de Melbourne du classement international des universits australiennes

    Australie Classement international des universits australiennes

    Perspektyw Le classement des universits Pologne Choix des lycens

    The Times Le guide des bonnes universits Royaume-Uni Choix des lycens

    - ax sur lenseignement plutt que sur la recherche

    U.S. News Les meilleurs collges des tats-Unis tats-Unis Choix des lycens

    Source : Volume XXX, numro 2, juillet 2005 : Nina Van Dyke, Vingt ans de registres de rsultats universitaires , p. 9.

  • 1ducation & formations n 78 [novembre 2008 ]

    Thme

    seignement suprieur en examinant les mthodologies des principaux sys-tmes, leurs forces et leurs faiblesses, les rsultats quils produisent, parti-culirement en ce qui concerne les tablissem

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