Fables de Jean de La Fontaine - ?· Littérature - Fables de La Fontaine Cuvèrent à loisir. A son…

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  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Fables de Jean de La Fontaine

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Dans ce rcit je prtends faire voirDun certain sot la remontrance vaine.

    Un jeune enfant dans leau se laissa choir,En badinant sur les bords de la Seine.Le ciel permit quun saule se trouvaDont le branchage, aprs Dieu, le sauva.Stant pris, dis-je, aux branches de ce saule,Par cet endroit passe un matre dcole ;Lenfant lui crie : Au secours, je pris. Le magister, se tournant ses cris,Dun ton fort grave contre-temps saviseDe le tancer : Ah ! le petit babouin !Voyez, dit-il, o la mis sa sottise !

    Lenfant et le matre dcole (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Et puis, prenez de tels fripons le soin.Que les parents sont malheureux, quil failleToujours veiller semblable canaille !Quils ont de maux ! et que je plains leur sort ! .Ayant tout dit, il mit lenfant bord.

    Je blme ici plus de gens quon ne pense.Tout babillard, tout censeur, tout pdantSe peut connatre au discours que javance :Chacun des trois fait un peuple fort grand :Le crateur en a bni lengeance.En toute affaire ils ne font que songer Aux moyens dexercer leur langue.Eh! mon ami, tire-moi de danger, Tu feras aprs ta harangue.

    Lenfant et le matre dcole (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Par des voeux importuns nous fatiguons les dieux,Souvent pour des sujets mme indignes des hommes :Il semble que le Ciel sur tous tant que nous sommesSoit oblig davoir incessamment les yeux,Et que le plus petit de la race mortelle,A chaque pas quil fait, chaque bagatelle,Doive intriguer lOlympe et tous ses citoyensComme sil sagissait des Grecs et des Troyens.

    Un sot, par une puce eut lpaule mordue;Dans les plis de ses draps elle alla se loger. Hercule, se dit-il, tu devais bien purgerLa terre de cette hydre au printemps revenue.Que fais-tu, Jupiter, que du haut de la nueTu nen perdes la race afin de me venger ? Pour tuer une puce, il voulait obligerCes dieux lui prter leur foudre et leur massue.

    Lhomme et la puce

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Chacun a son dfaut, o toujours il revient: Honte ni peur ny remdie. Sur ce propos; dun conte il me souvient: Je ne dis rien que je nappuie De quelque exemple. Un suppt de BacchusAltrait sa sant, son esprit et sa bourse.Telles gens nont pas fait la moiti de leur course Quils sont au bout de leurs cus.Unjour que celui-ci, plein du jus de la treille,Avait laiss ses sens au fond dune bouteille,Sa femme lenferma dans un certain tombeau. L, les vapeurs du vin nouveau

    Livrogne et sa femme (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Cuvrent loisir. A son rveil il treuveLattirail de la mort lentour de son corps, Un luminaire, un drap des morts. Oh! dit-il, quest ceci? Ma femme est-elle veuve ? L-dessus, son pouse, en habit dAlecton,Masque et de sa voix contrefaisant le ton,Vient au prtendu mort, approche de sa bire,Luiprsente un chaudeau propre pour Lucifer.Lpoux alors ne doute en aucune manire Quil ne soit citoyen denfer. Quelle personne es-tu? dit-il ce fantme.- La cellerire duroyaumeDe Satan, reprit-elle; et je porte manger A ceux quenclt la tombe noire. Le mari repart sans songer Tu ne leur portes point boire ?

    Livrogne et sa femme (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Il se faut entraider, cest la loi de Nature Lne un jour pourtant sen moqua : Et ne sais comme il y manqua; Car il est bonne cratureIl allait par pays, accompagn du chien, Gravement, sans songer rien, Tous deux suivis dun commun matre.Ce matre sendormit: lne se mit patre. Il tait alors dans un pr Dont lherbe tait fort son gr.Point de chardons pourtant; il sen passa pour lheure :Il ne faut pas tre si dlicat; Et faute de servir ce plat Rarement un festin demeure. Notre baudet sen sut enfinPasser pour cette fois. Le chien, mourant de faim,Luit dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie :Je prendrai mon dn dans le panier au pain. Point de rponse, mot: le roussin dArcadie

    Lne et le chien (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Craignit quen perdant un moment Il ne perdit un coup de dent. Il fit longtemps la sourde oreille :Enfin il rpondit : Ami, je te conseilleDattendre que ton matre ait fini son sommeil;Car il te donnera, sans faute, son rveil, Ta portion accoutume : Il ne saurait tarder beaucoup. Sur ces entrefaites, un loupSort du bois, et sen vient : autre bte affame.Lne appelle aussitt le chien son secours.Le chien ne bouge et dit : Ami, je te conseilleDe fuir, en attendant que ton matre sveille ;Il ne saurait trop tarder: dtale vite, et cours.Que si ce loup tatteint, casse-lui la mchoire :On ta ferr de neuf; et si tu me veux croire,Tu ltendras tout plat Pendant ce beau discours,Seigneur Loup trangla le baudet sans remde.

    Jen conclus quil faut quon sentraide.

    Lne et le chien (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    La cigale , ayant chantTout lt, Se trouva fort dpourvueQuand la bise fut venue.Pas un seul petit morceauDe mouche ou de vermisseauElle alla crier famineChez la fourmi sa voisine,La priant de lui prterQuelque grain pour subsisterJusqu la saison nouvelle Je vous paierai, lui dit-elle,Avant lot , foi danimal,Intrt et principal. La fourmi nest pas prteuse ;Cest l son moindre dfaut. Que faisiez-vous au temps chaud ?Dit-elle cette emprunteuse.Nuit et jour tout venantJe chantais, ne vous dplaise.- Vous chantiez ? jen suis fort aise.Eh bien : dansez maintenant.

    La cigale et la fourmi

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Une grenouille vit un boeuf Qui lui sembla de belle taille.Elle, qui ntait pas grosse en tout comme un oeuf,Envieuse, stend, et senfle et se travaille, Pour galer lanimal en grosseur, Disant : Regardez bien, ma soeur;Est-ce assez ? dites-moi: ny suis-je point encore ?Nenni - My voici donc ? - Point du tout. My voil ?-Vous nen approchez point. La chtive pcoreSenfla si bien quelle creva.Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.Tout bourgeois veut btir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages.

    La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Le chne un jour dit au roseau : Vous avez bien sujet daccuser la nature ;Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ; Le moindre vent qui daventure Fait rider la face de leau, Vous oblige baisser la tte.Cependant que mon front, au Caucase pareil,Non content darrter les rayons du soleil, Brave leffort de la tempte.Tout vous est aquilon ; tout me semble zphyr.Encor si vous naissiez labri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous nauriez pas tant souffrir : Je vous dfendrai de lorage ;

    Le chne et le roseau (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Mais vous naissez le plus souventSur les humides bords des royaumes du vent.La nature envers vous me semble bien injuste.- Votre compassion, lui rpondit larbuste,Part dun bon naturel ; mais quittez ce souci : Les vents me sont moins qu vous redoutables ;Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusquici Contre leurs coups pouvantables Rsist sans courber le dos ;Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,Du bout de lhorizon accourt avec furie Le plus terrible des enfantsQue le nord et port jusque l dans ses flancs. Larbre tient bon ; le roseau plie. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien quil dracineCelui de qui la tte au ciel tait voisine,Et dont les pieds touchaient lempire des morts.

    Le chne et le roseau (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    En ce monde il se faut lun lautre secourir : Si ton voisin vient mourir, Cest sur toi que le fardeau tombe.

    Un ne accompagnait un cheval peu courtois,Celui-ci ne portant que son simple harnois,Et le pauvre baudet si charg quil succombe.Il pria le cheval de laider quelque peu :Autrement il mourrait devant qutre la ville.La prire, dit-il, nen est pas incivile :Moiti de ce fardeau ne vous sera que jeu.Le cheval refusa, fit une ptarade :Tant quil vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut quil avait tort. Du baudet, en cette aventure, On lui fit porter la voiture, Et la peau par-dessus encor.

    Le cheval et lne

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Dans un chemin montant, sablonneux, malais,Et de tous les cts au soleil expos, Six forts chevaux tiraient un coche.Femmes, moine, vieillards, tout tait descendu.Lattelage suait, soufflait, tait rendu.Une mouche survient, et des chevaux sapproche,Prtend les animer par son bourdonnement,Pique lun, pique lautre, et pense tout moment Quelle fait aller la machine,Sassied sur le timon, sur le nez du cocher. Aussitt que le char chemine, Et quelle voit les gens marcher,Elle sen attribue uniquement la gloire,Va, vient, fait lempresse: il semble que ce soitUn sergent de bataille allant en chaque endroitFaire avancer ses gens et hter la victoire.

    Le coche et la mouche (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    La mouche, en ce commun besoin,

    Se plaint quelle agit seule, et quelle a tout le soin;

    Quaucun naide aux chevaux se tirer daffaire.

    Le moine disait son brviaire:

    Il prenait bien son temps ! Une femme chantait :

    Ctait bien de chansons qualors il sagissait!

    Dame mouche sen va chanter leurs oreilles,

    Et fait cent sottises pareilles.

    Aprs bien du travail, le coche arrive au haut:

    Respirons maintenant, dit la mouche aussitt:

    Jai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.

    , Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.

    Ainsi certaines gens, faisant les empresss,

    Sintroduisent dans les affaires:

    Ils font partout les ncessaires,

    Et, partout importuns, devraient tre chasss.

    Le coche et la mouche (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Matre corbeau, sur un arbre perch,Tenait en son bec un fromage.Matre renard par lodeur allch ,Lui tint peu prs ce langage : Et bonjour Monsieur du Corbeau.Que vous tes joli! que vous me semblez beau!Sans mentir, si votre ramageSe rapporte votre plumage,Vous tes le phnix des htes de ces bois A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;Et pour montrer sa belle voix,Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.Le renard sen saisit et dit : Mon bon Monsieur,Apprenez que tout flatteurVit aux dpens de celui qui lcoute:Cette leon vaut bien un fromage sans doute. Le corbeau honteux et confusJura mais un peu tard, quon ne ly prendrait plus.

    Le corbeau et le renard

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais o,Le hron au long bec emmanch dun long cou :Il ctoyait une rivire.Londe tait transparente ainsi quaux plus beaux jours;Ma commre la carpe y faisait mille tours,Avec le brochet son compre.Le hron en et fait aisment son profit :Tous approchaient du bord, loiseau navait qu prendre.Mais il crut mieux faire dattendreQuil et un peu plus dapptit :Il vivait de rgime et mangeait ses heures.Aprs quelques moments, lapptit vint : loiseau,Sapprochant du bord, vit sur leauDes tanches qui sortaient du fond de ces demeures.Le mets ne lui plut pas; il sattendait mieux,Et montrait un got ddaigneux,Comme le rat du bon Horace.

    Le hron (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Moi, des tanches! dit-il; moi, hron, que je fasseUne si pauvre chre? Et pour qui me prend-on ? La tanche rebute, il trouva du goujon. Du goujon ! Cest bien l le dner dun hron !Jouvrirais pour si peu le bec! aux dieux ne plaise ! Il louvrit pour bien moins: tout alla de faonQuil ne vit plus aucun poisson.La faim le prit: il fut tout heureux et tout aiseDe rencontrer un limaon.

    Ne soyons pas si difficiles :Les plus accommodants, ce sont les plus habiles;On hasarde de perdre en voulant trop gagner.Gardez-vous de rien ddaigner,Surtout quand vous avez peu prs votre compte.Bien des gens y sont pris. Ce nest pas aux hronsQue je parle; coutez, humains, un autre conte :Vous verrez que chez vous jai puis ces leons.

    Le hron (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Rien ne sert de courir; il faut partir point :Le livre et la tortue en sont un tmoignage. Gageons, dit celle-ci, que vous natteindrez pointSitt que moi ce but. - Sitt? tes-vous sage ? Repartit lanimal lger : Ma commre, il vous faut purger Avec quatre grains dellbore.) - Sage ou non, je parie encore. Ainsi fut fait; et de tous deux On mit prs du but les enjeux : Savoir quoi, ce nest pas laffaire, Ni de quel juge lon convint.Notre livre navait que quatre pas faire,Jentends de ceux quil fait lorsque, prt dtre atteint,Il sloigne des chiens, les renvoie aux calendes, Et leur fait arpenter les landes.Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, Pour dormir et pour couter

    Le livre et la tortue (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Do vient le vent, il laisse la tortueAller son train de snateur.

    Elle part, elle svertue, Elle se hte avec lenteur.Lui cependant mprise une telle victoire, Tient la gageure peu de gloire, Croit quil y a de son honneurDe partir tard. Il broute, il se repose, Il samuse toute autre chose Qu la gageure. A la fin, quand il vitQue lautre touchait presque au bout de la carrire,Il partit comme un trait; mais les lans quil fitFurent vains : la tortue arriva la premire. Eh bien! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ? Moi lemporter! et que serait-ce Si vous portiez une maison ?

    Le livre et la tortue (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Le pot de fer proposaAu pot de terre un voyage.Celui-ci sen excusa,Disant quil ferait que sageDe garder le coin du feu,Car il lui fallait si peu,Si peu, que la moindre choseDe son dbris serait cause :Il nen reviendrait morceau. Pour vous, dit-il, dont la peauEst plus dure que la mienne,Je ne vois rien qui vous tienne.- Nous vous mettrons couvert,Repartit le pot de fer :Si quelque matire dureVous menace daventure,

    Le pot de terre et le pot de fer (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Vous menace daventure,Entre deux je passerai,Et du coup vous sauverai. Cette offre le persuade.Pot de fer son camaradeSe met droit ses cts.Mes gens sen vont trois pieds,Clopin-clopant comme ils peuvent,Lun contre lautre jetsAu moindre hoquet quils treuvent.Le pot de terre en souffre; il neut pas fait cent pasQue par son compagnon il fut mis en clats,Sans quil et lieu de se plaindre . Ne nous associons quavec que nos gaux, Ou bien il nous faudra craindre Le destin dun de ces pots.

    Le pot de terre et le pot de fer (2/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Va-t-en, chtif insecte, excrment de la terre ! Cest en ces mots que le Lion Parlait un jour au moucheron. Lautre lui dclara la guerre. Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi Me fasse peur, ni me soucie ? Un boeuf est plus puissant que toi, Je le mne ma fantaisie. A peine il achevait ces mots, Que lui mme il sonna la charge, Fut le trompette et le hros. Dans labord il se met au large ; Puis prend son temps, fond sur le cou Du lion, quil rend presque fou.Le quadrupde cume, et son oeil tincelle ;Il rugit; on se cache, on tremble lenviron : Et cette alarme universelle Est louvrage dun moucheron.

    Le lion et le moucheron (1/2)

  • Littrature - Fables de La Fontaine

    Le lion et le moucheron (2/2)

    Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle :Tantt pique lchine et tantt le museau.Tantt entre au fond du naseau.La rage alors se tr...